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Bagnères de Bigorre : 500 manifestants pour la défense de l’hôpital public

lundi 14 décembre 2015 par Rédaction

A l’appel du Collectif Hôpitaux Santé 65, plus de 500 personnes ont défilé samedi après-midi dans les rues de Bagnères de Bigorre, pour défendre l’hôpital public dans les Hautes-Pyrénées, et en particulier les urgences de l’hôpital de Bagnères. A l’issue de cette manifestation, une conférence a eu lieu dans la Halle aux Grains de la cité balnéaire, en présence du docteur Christophe Prudhomme. Porte-parole de l’Association des Médecins Urgentistes de France et membre de la direction fédérale CGT Santé-Sociaux, le médecin a dénoncé les menaces qui pèsent sur le service public des hôpitaux, et proposé des pistes pour répondre aux besoins sanitaires de la population.

« Mon hôpital, j’y tiens. Bagnères, Lannemezan, Lourdes, Tarbes ». La banderole du Collectif Hôpitaux Santé 65 résume la motivation des 500 manifestants qui ont défilé samedi après-midi dans les rues de la cité thermale. « J’estime qu’il est très important de défendre le service public hospitalier, pour le maintien d’une médecine de proximité dans notre vallée », confie Nicole, infirmière retraitée. « La présence d’un service d’urgences à Bagnères de Bigorre est vitale, d’autant plus que les médecins de ville sont déjà ‘surbookés’ dans notre secteur ». Nadège et Sonia travaillent à l’hôpital de Bagnères, dont le service des urgences a été cité dans le rapport Grall parmi les sites éventuellement amenés à disparaître au cours des prochaines années. « Nous sommes très inquiètes à ce sujet. Si les urgences sont supprimées, comment l’hôpital pourra-t-il répondre aux demandes sanitaires ? Pour citer le cas de l’EHPAD local, les médecins généralistes ont déjà du mal à se libérer pour y visiter les malades. Si les urgences disparaissent, comment seront suivis les résidents de l’EHPAD ? ».

A l’issue de la manifestation, une bonne moitié des participants se rassemblent dans la salle de conférence de la Halle aux Grains. Ils viennent dialoguer avec le docteur Christophe Prudhomme, médecin urgentiste en Seine-Saint-Denis, porte-parole de l’AMUF et responsable national de la fédération CGT Santé-Sociaux. Avant le début de la conférence, le maire de Bagnères, Jean-Bernard Sempastous, salue les participants au nom de la Communauté de Communes. « Président du conseil de surveillance de l’hôpital de Bagnères, j’accueille avec bienveillance cette initiative. Comme tout le monde ici, je suis inquiet pour l’avenir de l’hôpital, dont le rôle est primordial dans notre vallée », confie l’élu. Dominique Desbureaux, secrétaire de l’UL CGT de Bagnères, qui travaille à l’hôpital, ouvre les débats en décrivant d’abord le service des urgences de Bagnères. « Ouvert 24 heures sur 24, ce service bénéficie d’une antenne SMUR pour les urgences vitales. Un fonctionnement qui permet de garantir un accès aux soins urgents à 30 minutes en tout point de notre territoire, de La Mongie jusqu’à Montgaillard, comme la Loi Santé le demande. En 2014, près de 9000 personnes y ont eu accès, un nombre en perpétuelle augmentation ». Madame Desbureaux fait ensuite référence aux préconisations du rapport présenté par le docteur Grall concernant un hôpital comme celui de Bagnères. « Si les Urgences sont transformées en ‘Centre de Soins non Programmés’, un tri serait effectué dès l’accueil du patient pour évaluer si le soin relève des urgences ou de la médecine libérale. Ce service ne serait plus ouvert 24 heures sur 24. Que deviendrait alors le SMUR ? Le tiers payant actuel sera-t-il encore appliqué ? Combien faudra-t-il payer une fois le tri pour une urgence effectué ? ».

Le docteur Christophe Prudhomme brosse ensuite un tableau inquiétant de la situation des Urgences en France. « Des centaines de services de soins d’urgence ont été fermés dans l’Hexagone ces dernières années. Il n’en reste plus que 656 et nous sommes à l’os. La situation sanitaire de notre pays deviendrait critique si d’autres services étaient fermés. Un hôpital a besoin des services d’urgence, pour bénéficier du plateau technique qui l’accompagne. C’est aussi un élément qui motive l’installation ou le maintien des médecins généralistes dans une zone géographique. Nous risquons de voir apparaître de véritables déserts médicaux si les fermetures de services d’urgence se poursuivent ».

Christophe Prudhomme rappelle aussi l’importance du rôle des médecins du service public, en citant l’exemple récent des attentats terroristes du 13 novembre. « Ce jour-là, les ‘fainéants’ de fonctionnaires, médecins, infirmières ou aides-soignants, se sont massivement et spontanément présentés pour renforcer les urgences des hôpitaux franciliens, et apporter un soutien vital aux équipes déjà en place. Si une telle tragédie se produisait aujourd’hui à Toulouse, vue la baisse des effectifs, il faudrait faire appel à des médecins de Bordeaux, de Montpellier, voire de Paris pour faire face à l’urgence ! ».

Après un échange très riche avec le public, le Docteur Prudhomme en appelle à un « maintien du service des urgences et des hôpitaux de proximité dans les Hautes-Pyrénées, comme ailleurs, pour une santé publique qui réponde vraiment aux besoins sanitaires de la population, et pas à des logiques industrielles de profit économique ». Il évoque aussi le manque de moyens humains et matériels affectés aux hôpitaux psychiatriques, « les parents pauvres de notre système de santé », et la pénurie de médecins généralistes, en raison de la politique des ‘numerus clausus’ et aussi d’une rémunération insuffisante de cette profession. Enfin, il rappelle que « 5% des dépenses de la CPAM sont consacrées à la gestion de son système, contre 25% pour les assurances privées ». Il conclut en soulignant l’importance d’une vision préventive de la médecine. Elle passe selon lui par « un monde du travail qui ne rende pas les salariés malades, et par la lutte contre la stratégie des entreprises pharmaceutiques comme Sanofi-Aventis, qui privilégient l’aspect lucratif des médicaments produits au détriment de leur efficacité thérapeutique réelle ».

Jean-François Courtille