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Après Tarbes-Lannemezan

lundi 17 février 2020 par Rédaction

Lannemezan le grand perdant

On ne s’étalera pas sur les nombreuses bagarres qui ont émaillé cette rencontre, mais on peut se demander quel intérêt aurait eu Tarbes à pourrir ce match. A noter que trois des bagarres sont parties de pénalités sifflées contre Lannemezan. Les deux clubs vont certainement être rudement sanctionnés au niveau des suspensions et au niveau financier. Sportivement, le grand perdant, c’est Lannemezan qui a pris six essais et qui a perdu, sur cartons rouges, Cazorla son fer de lance, briseur de défense, Baisagale sa meilleure arme offensive et Gabarre son couteau suisse du pack. Soit trois guerriers de moins pour la suite de la saison. Et peut-être sur blessure Petttigiani, son capitaine et leader de combat, contre Bagnères. C’est vrai que ce Derby contre Bagnères est l’occasion de faire une grande fête avec les partenaires et les supporters. Mais on n’efface pas vingt ans de rancœur pour ne pas dire de haine, comme ça. La pression, du fait, des débordements du match Aller, augmentée par les mesquines provocations d’avant match, ont fait exploser la cocotte minute. Les Tarbais, humiliés et moqués au match Aller pour leur renoncement devant les provocations, ne se sont pas écartés cette fois. Mais après cette entrée en matière plus que musclée, les Lannemezanais ont eu le tord d’insister et les Tarbais de répondre. Sur le terrain, ça s’est retourné contre Lannemezan qui a pris du fait de son infériorité numérique six essais. Privé d’un ailier sur carton rouge, le CAL a fait le choix de se priver de Martiello, son autre ailier, suite au carton rouge de son entraîneur Christophe Schneider. Tarbes a fait le choix de sortir un troisième ligne Pérez et du coup les espaces se sont ouvert derrière. Des espaces dont se sont régalés les Lhusero, Berbizier, Paulet, Nuu, Rubio et Huyard pour inscrire six essais, dont deux de Berbizier et trois d’Huyard. Et l’addition aurait pu être plus lourde encore. Comptablement Tarbes est le grand gagnant de cette rencontre avec un bonus offensif qui lui permet de grignoter un point à Blagnac au classement.

Les réactions du côté de Lannemezan

Abattement et incompréhension

Les Lannemezanais, abattus, n’avaient pas envie de s’exprimer à chaud. Certains ont accepté de discuter calmement hors micro. C’est un sentiment de honte sur le rugby proposé et d’incompréhension sur les débordements qui dominaient dans leurs propos.

Christophe Dulong : C’est beaucoup trop dans l’excès

L’entraîneur des avants, à son habitude, ne s’est pas défilé et c’est lui qui est venu vers nous pour s’exprimer. « Les deux équipes et tout le monde, passent pour des cons. Un pugilat, c’est un pugilat et dans un derby, c’est bien. Mais là, c’est beaucoup trop dans l’excès. Nous, on a notre part de responsabilité et eux aussi. Ils se sont aussi battus que nous. Peut-être que ça ne méritait pas trois rouges sur la première bagarre.* Après moi, quand je jouais comme tu l’as écrit, j’étais comme ça. Mais quand on est dirigeant ou entraîneur, c’est mieux d’avoir un autre comportement. » L’entraîneur confirme de lui-même ses propos d’avant match. « Moi, je n’en avais rien à branler. Tu croyais que je faisais du flanc, moi je voulais gagner contre Bagnères. Là, je ne vais même pas gagner contre Bagnères où je voulais gagner pour la Ville de Lannemezan. Moi mon match, c’est Bagnères mais tu ne m’as pas cru. Les entraîneurs de Tarbes avaient préparé ce match autant que nous. Tu as dit, il y a quelques mois, que je préparais mes hommes comme quand je jouais**. Aujourd’hui, je n’ai pas été comme quand je jouais, j’ai été digne moi. »

*Une réaction à chaud, sur le terrain juste après la fin du match sans avoir eu le temps de débriefer. Pour le Délégué, le rouge de Baisagale est justifié pour une violente cravate à la gorge. Les rouges à Cazorla et à Dumestre sont pour participation à la bagarre générale. Un moindre mal compte tenu de son intensité et de sa durée inhabituelle.

**Nous avons eu le privilège de connaître Christophe Dulong depuis les Minimes à Maubourguet et nous avons salué son tempérament de gagneur et de guerrier comme joueur, en écrivant qu’il savait faire partager ces valeurs rugbystiques aux joueurs qu’il entraînait. Soulignant que c’était un meneur d’hommes incomparable au même titre que nous aurions pu l’écrire d’un Jacques Fouroux, à une autre époque.

Du côté de Tarbes : Entre honte et fierté

Le sentiment est mitigé, partagé entre la honte pour ces bagarres et la fierté d’avoir répondu présent dans le combat et dans le jeu. Le Président était lui-même partagé par la fierté de la réaction de ses joueurs après le match Aller et la honte du spectacle offert par les deux équipes. Ces générales, où aucun Tarbais ne s’est écarté, donnent un signal fort à ses futurs adversaires. De plus, les Tarbais ont dominé sur les phases de conquête et de contact en mettant de vaillants et rudes Lannemezanais sur le reculoir. Même la mêlée tarbaise, amoindrie par le double forfait de Vial et de Rahou, et en infériorité numérique, avec deux trois-quarts en troisième ligne, a tenu tête à sa redoutée rivale. Dans le jeu, les Tarbais enchaînent une troisième victoire bonifiée de rang, avec trois fois six essais au compteur. C’est la seconde victoire d’affilée sans prendre d’essai, ce qui est aussi un signe de confiance retrouvée.

Yannick Vignette : Ce qui est important, c’est qu’on ait pris cinq points

Le Manager est lui aussi partagé entre la honte et la fierté. Habitué des derbys basco-béarnais, en tant que joueur et entraîneur, il n’a jamais vécu un tel match qui se termine à onze contre douze. « Non jamais. Ça c’est passé bizarrement après cette première bagarre. » Rare aussi qu’un derby aussi dur et âpre se termine avec six essais. « C’était un match avec beaucoup d’espaces et ont s’est bien adapté au jeu qu’il fallait mettre en place par rapport à ces conditions de jeu. » Les satisfactions vont aussi à la mêlée et à la touche. « On a eu un lancer pas droit mais après, on a été bon au contre et dans l’ensemble, on fait un bon match. Ce qui est important, c’est qu’on ait pris cinq points. » Un bonus offensif facilité par les exclusions lannemezanaise. « C’étaient des conditions particulières et exceptionnelles. C’était un match où la part belle était faite aux joueurs capables de jouer dans les espaces larges. Tous les essais ont été marqués par des trois quarts au large. Il y avait beaucoup d’espaces libres avec ces sanctions. » C’était aussi son premier carton rouge pour avoir fait corps avec ses joueurs. « Oui, je pense que c’est la première en tant qu’entraîneur mais c’est comme ça. »

Ulrich Prétorius : Ces bagarres ne sont pas bonnes pour le rugby

Le talonneur pour son retour de blessure n’a pas été gâté avec un match ponctué de bagarres générales, de sept cartons rouges et de six essais. Une expérience jamais vécue en Afrique du Sud où ce n’est pas dans la mentalité mais qu’il a déjà vécu à La Seyne, lorsqu’il jouait avec Châlon, les essais en moins. « Toutes ces bagarres ce n’est pas une bonne chose pour le rugby. Je n’aime pas ça parce qu’il y a des spectateurs qui viennent avec des enfants et ce n’est pas un bon spectacle pour eux. »Mais sportivement, le contrat est largement rempli. « Il fallait gagner et on a gagné avec le bonus en plus. Je suis très content de cette victoire et félicitations à l’équipe, au staff et aux supporters qui sont venus nombreux. Je suis heureux de cette victoire pour les supporters. D’autant que beaucoup de ces supporters avaient mal vécu, comme les joueurs tarbais le non match à Lannemezan. « L’équipe a relevé la tête et c’est vraiment positif. On est une équipe « pro » et on devait leur montrer. En plus on a fait du bon rugby. »

Albain Méron : On a essayé de se contrôler au maximum

Le troisième ligne, s’il est un gagneur n’a pas une réputation sulfureuse. S’il a pris des cartons, c’est au niveau de l’engagement sur des fautes techniques et non sur des brutalités. L’accrochage avec Gabarre démontre, que dans un tel contexte, tout le monde peut perdre ses nerfs. « Lannemezan nous a proposé ce à quoi on s’attendait et ce qu’on avait prévu. On savait que ça allait dégénérer rapidement et à répétitions. C’est ce qui s’est passé. Nous, on a essayé de se contrôler au maximum par rapport à cet antijeu pour se concentrer sur notre rugby et notre performance. Six essais à zéro, c’est significatif de ce qu’on voulait faire. » Mais outre l’attaque, la défense s’est aussi mise en évidence. « On a essayé de garder notre ligne et on a fait les efforts qu’il fallait », souligne le capitaine.

Thomas Lhusero : Là, c’était à la limite du rugby

Le Maubourguetois est un habitué des derbys bigourdans mais des comme ça, il n’en avait jamais vécus. «  Non, là c’était à la limite du rugby. Une bagarre oui mais en venir à ce point là avec des altercations sur chaque action, c’est pénible. On a essayé de jouer quand même mais on a fait trop de fautes ce qui a fait leur jeu. On n’a fait que des mêlées et des touches et on a essayé de se concentrer sur ces points là qui font leur force. » Les Tarbais y sont parvenus et derrière, ils ont su enchaîner des temps de jeu. « Comme ils étaient un de moins il fallait envoyer du jeu. Il y a beaucoup de points négatifs mais on a une victoire à cinq points et on est content de ça. « 

Johan Paulet : C’était très engagé et ça a dégénéré plusieurs fois

Un vent de folie a soufflé sur Trélut au point de voir des anciens partenaires se battre comme des chiffonniers. Le centre tarbais a été pris à parti par son copain Mathieu Ducau avec qui, il a fait la paire au centre pendant des années chez les jeunes et les Espoirs du TPR. Les deux joueurs ont même débuté ensemble en Pro D2. Johan Paulet préférait revenir sur son essai. « Il y a plusieurs temps de jeu, il y a un surnombre à l’extérieur. On alimente le sens et Albain (Méron), le joue bien et me fait la passe sur un pas. Moi, je suis dans l’intervalle et je n’ai plus qu’à marquer. » Lui aussi en a vécu des derbys contre Lannemezan mais à ce point jamais. « C’était très relevé. Ils avaient envie et nous aussi. C’était très engagé et ça a dégénéré plusieurs fois. Mais ça reste du rugby, on se connaît tous. Il n’y a rien de méchant, même si c’est toujours impressionnant. Il y a eu quelques vilains gestes mais qui seront vite oubliés. » Des gestes sanctionnés dans un premier temps de jouer à treize contre douze ce qui libéré des espaces. « Oui ça ouvre beaucoup d’espaces et il y avait pas mal de coups à jouer. Mais on est toujours resté sur le plan de jeu. »

Nisié Huyard auteur de trois essais : Il y avait beaucoup d’espaces et j’ai touché beaucoup de ballons

Un qui s’est régalé de ces espaces, c’est l’ailier international de rugby à VII, qui a réalisé le « coup du chapeau. » « Oui, c’est la première fois que je marque trois essais. Après, c’est vrai qu’il y avait des surnombres. » Des surnombres à douze contre treize bien exploités par l’attaque tarbaise. « Oui, du coup il y a beaucoup d’espaces et j’ai touché beaucoup de ballons. » Le Néo-Calédonien n’était pas habitué à vivre des derbys aussi musclés mais il s’y attendait. « C’est un derby, c’est très agressif. Je pense que c’est comme ça que se passent les derbys. Il fallait montrer qu’on était là surtout par rapport au match Aller. C’était une revanche à prendre. »

Christian Etchebarne :  On a eu le mérite de bouger le ballon et d’exploiter les espaces

L’entraîneur basque, en a connu lui aussi des derbys basques ou basco-béarnais, mais jamais comme celui là. « Non, j’en ai joué des derbys Mauléon-Oloron, Mauléon-Nafarroa, mais jamais avec ce niveau d’engagement et cette haine qui ressortait sur l’ensemble du match. Heureusement que notre groupe est solidaire. On a retrouvé l’état d’esprit qui se dégage depuis le début de la saison. On ne s’est pas trop éparpillé pour reprendre le score de suite. » C’est le troisième match consécutif où Tarbes marque six essais à ses adversaires. « Oui, ça fait plaisir mais il y avait plus d’espaces que d’habitude parce qu’on était moins nombreux sur le terrain. Ceci dit, on a eu le mérite de bouger le ballon et d’exploiter les espaces. » Mais outre l’attaque, la défense s’est aussi mise en évidence. « On a essayé de garder notre ligne et on a fait les efforts qu’il fallait. On est capable de se sacrifier pour les copains afin de ne pas prendre de points. Ça c’est encore vu sur deux ou trois séquences près de notre ligne où on a été courageux. Mais moi, connaissant le Groupe, je ne suis pas surpris de cet état d’esprit. On peut partir à la guerre avec eux. »

Jean-Jacques Lasserre