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Le piège : communiqué de presse de Mgr Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes

jeudi 10 novembre 2011 par Rédaction

Communiqué de presse

Depuis l’été, diverses initiatives culturelles ont défrayé la chronique. Toutes mettent en scène l’image du Christ. Nous ne sommes pas musulmans : la représentation du Christ ne nous pose pas problème. Même quand elle est outrageusement violente comme dans le film de Mel Gibson sur la Passion.

Ces dernières années ont vu fleurir bien des textes, écrits ou chantés, très agressifs à l’égard du christianisme. Ils ne suscitent pas les mêmes réactions. Ce qui prouve la puissance particulière de l’image. Il suffit de se rappeler La dernière tentation du Christ. Le livre paru et traduit dans les années 50 n’avait pas provoqué de polémique. Quand le film est sorti en 1988, le cinéma Saint-Michel fut incendié. C’était le soir. Il n’y avait plus beaucoup de spectateurs. Et donc, peu de blessés. Pas de morts. Mais c’était quand même un attentat terroriste pour faire respecter le Christ… Quelques années plus tard, en 1995, toujours à Saint-Michel, mais cette fois dans le métro, un autre attentat ferait 8 morts et 117 blessés. Le rapprochement fait frémir.

Du bon et du mauvais usage des scandales

En invoquant les images à scandale, gardons-nous d’entrer dans les intentions des auteurs. Le plus souvent, ils disent n’avoir nullement voulu choquer les chrétiens. Quelques-uns proclament leurs intentions polémiques. Les déclarations des uns et des autres doivent-elles être prises au pied de la lettre ? Devant un micro ou une caméra, la sincérité risque d’être submergée par le jeu médiatique et l’intérêt publicitaire. Il faut aussi se défier des citations : toutes les hérésies s’appuient sur des versets de l’Ecriture, habilement choisis. De plus, ce n’est pas seulement Job, mais aussi le Psalmiste ou l’Ecclésiaste qui pourraient être traités de blasphémateurs.

Il ne nous appartient donc, ni de condamner, ni d’absoudre les auteurs. Restons-en au plan des faits. Chacun de ces épisodes est un piège. Les images montrées choquent : c’est un fait. Sur le chrétien, ce choc peut être salutaire. La croix est scandale et folie, dit saint Paul. Le Messie crucifié se dit « ver et non pas homme » (psaume 22). On a craché au visage du Fils de Dieu.

Ce qui n’excuse pas le scabreux ou le scatologique : la prétention artistique autorise-t-elle toutes les dégradations de l’être humain ? Un minimum de respect pour l’image de l’homme ne fait-elle pas partie des droits de l’homme ? La question posée n’est pas seulement religieuse.

Mais, si le chrétien, à l’intérieur de soi, peut se rappeler le « Christ aux outrages », que peut-il faire, que doit-il faire à l’extérieur ? Là est le piège. La prudence conseille de ne rien faire. Une réaction publique fait la publicité de l’exposition ou du spectacle qui n’attendait que cela. Les medias seront ravis. L’Eglise sera accusée d’enfreindre une des seules règles d’aujourd’hui : la liberté d’expression. A nous Torquemada, les Croisades et Galilée !

Mais ne pas réagir laisse entendre que les chrétiens sont indifférents. Ils sont enfermés dans leur secte et ce qui se passe au-dehors leur importe peu. Ils disent que le Christ est tout pour eux et ils le laissent avilir, défigurer ? Le Christ n’avait pas hésité à parler et ses disciples, eux, se taisent.

Je vous le dis : c’est un piège. Comme les adversaires du Christ en ont souvent tendu devant lui. Payer ou ne pas payer l’impôt à César ? Guérir ou ne pas guérir le jour du sabbat ? Pardonner à la femme adultère ou la condamner ? Le Christ déjouera toujours les pièges mais il n’en sera pas moins condamné à mort.

La preuve du piège - toujours indépendamment des intentions des auteurs - c’est que chacun de ces épisodes divise la communauté chrétienne, entre les partisans du silence et les partisans de la réaction publique. Diviser, c’est la marque de fabrique du diable.

Peut-on sortir du piège ?

Si j’ai cité l’incendie du cinéma Saint-Michel, c’est pour montrer la voie dans laquelle les leaders ne doivent jamais engager leurs troupes. Mettre en contact des chrétiens ulcérés avec des partisans de la liberté à tout va ne peut amener que des heurts, des injures, de la violence. « Rentre ton épée au fourreau. »

Mais ce type de réaction, complètement stérile et mettant les partisans en grand danger d’avoir des mots ou des actes totalement opposés à l’Evangile, n’est pas le seul possible. Depuis des mois, des cercles de silence se réunissent un peu partout en France, sur les places publiques, pour contester d’autres formes d’injures faites au Christ, en la personne de ses frères. A la veille du G 20, des chrétiens ont manifesté dans les rues de Nice pour contester un système économique qui fait tant de victimes.

Face au déni de Dieu et de son Christ, les chrétiens parlent de « réparation ». Cette spiritualité habite déjà Marguerite-Marie Alacoque et sera une des composantes de la dévotion au Sacré-Cœur qui prendra une forme spectaculaire avec la basilique de Montmartre dont la construction est décidée en 1870 (et non après la Commune, selon une erreur fréquente). En 1872, le premier grand pèlerinage à Lourdes est un « Manifestation de foi et d’espérance de la France ». Dans le préambule de la prière finale, il était dit : « Nous voulons faire réparation publique et solennelle des outrages qui sont faits à la divinité de notre bien-aimé Sauveur Jésus-Christ. »

Au 19ème siècle, Lourdes était une contestation publique de l’anticléricalisme triomphant. Publique mais sans affrontement direct qui aurait tourné à la violence. Ayons l’intelligence de nos ancêtres !

+ Jacques Perrier
évêque de Tarbes et Lourdes