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Ours : le "lâcher de la honte" ?

mardi 24 mai 2011 par Rédaction

A l’issue du conseil d’administration de la coordination pyrénéenne ADDIP ,hier après-midi à Tarbes, ce n’était plus une question pour plusieurs membres mais une affirmation : la honte !

Qu’ils soient éleveurs ou simples opposants, et pas forcément à l’ours en tant que tel mais aux lâchers dans les conditions actuelles, on veut encore croire « que la raison l’emportera ». Mais il faut bien se rendre à l’évidence que la situation est difficile. Après que le Conseil National de la Protection de la nature ait donné un avis unanime en faveur d’un nouveau lâcher, y compris de la part du représentant du ministère de l’Agriculture, la pilule est difficile à avaler. La ministre a pris sa décision, il y a déjà longtemps, et se moque totalement de l’avis des Pyrénéens.

Les 5 bonnes raisons pour ne pas lâcher d’ours

1. L’argent public jeté en l’air. C’est un grief non négligeable à une période de cris où, dans les vallées, et ailleurs, on ferme des services publics, des gendarmeries, des écoles... Où il existe le chômage et de nombreuses difficultés pour les ménages... il est difficile d’accepter que l’on dépense des sommes colossales pour implanter des animaux sauvages sur des territoires où ils ne sont pas bienvenus. « Il y a mieux à faire pour les Pyrénées »

2. Sanctuarisation des Pyrénées. « Nous ne voulons pas l’ensauvagement de nos montagnes. Nous ne voulons pas être des indiens que l’on vient visiter dans une réserve ». Voilà ce que refusent les opposants à l’introduction d’ours. Ils ne veulent pas que, en raison de la présence de l’ours, les Pyrénées ne deviennent un territoire avec des interdictions contraignantes pour y vivre. Ils veulent des vallées accueillantes et libres pour tous.

3. La volonté des populations locales est manifestement contre les introductions. Un sondage de l’IFOP commandé par le Ministère le montre. Les délibérations de la majorité des communes du Béarn le confirme. Aucune n’a d’ailleurs délibéré en faveur d’une introduction. « il n’existe donc aucune volonté locale et aucune acceptation sociale ».

4. Les obligations internationales n’existent pas. Selon l’ADDIP, « l’article 11 de la convention de Berne et l’article 22a de la directive habitats n’imposent rien ». Il s’agit de « recommandation ». Philippe Lacube précise : « que ceux qui veulent des ours dans les Pyrénées nous donnent des références précises sur les obligations internationales »... Pour l’Europe, il s’agit d’étudier « l’opportunité de réintroduire des espèces... //.... à condition qu’il soit établi par une enquête, tenant également compte des expériences des autres états membres ou d’autres parties concernées, qu’une telle réintroduction contribue de manière efficace à rétablir ces espèces dans un état de conservation favorable et n’ait lieu qu’après consultation appropriée du public concerné ». Le public concerné a bien été consulté mais, à l’évidence, son avis n’est pas pris en compte.

5. L’ours des Pyrénées est mort et l’espèce n’est pas en danger au niveau mondial et européen. Mieux, « il est en expansion et il est même chassé dans certains pays comme la Slovénie ».

Des menaces à peine voilées

Pour Philippe Lacube, Président de l’ADDIP, « c’est un problème d’aménagement du territoire ». « C’est une situation déplorable » selon Bruno Besche Commenge. Et de rappeler les modes d’élevage dans les Pyrénées : ’les gens des Pyrénées se battent pour ce type d’élevage » qui permettent de répondre à des exigences sociétales de production de qualité et avec des circuits courts. « Mais ils font l’objet d’un mépris en voulant ensauvager la montagne... Les gens ne le supportent plus ». Et de poursuivre : « De toutes les vallées nous montent des bruits qu’ils en ont tellement marre que si l’ours est lâché ils agiront ». Comment ? Rien, n’est précisé. Mais.... « Si le gouvernement fait le choix d’introduire, il y aura le feu ». Voilà des menaces à peine voilées qui laissent la place à toutes possibilités « avec une approche plus clandestine » où les associations ne pourront plus tenir leurs troupes.

Les associations écologistes mises en cause

Marie-Lise Broueilh pose le problème : « Pourquoi nous ne sommes pas entendus ? ». La réponse se fait accusatrice : « il y a les associations Ferus, ADET, FIEP, WWF, FNE.... qui ont leurs entrées. Ils sont dans le Ministère. Ce sont eux qui ont en charge la mise en place ». Et elle rappelle le rapport Estrosi sur les grands prédateurs qui dénonçait « l’anormale proximité entre les associations environnementalistes et les agents de l’État ». Elle dénonce, de la part des fonctionnaires l’absence « d’objectivité et d’impartialité » mais également « l’idéologie militante des associations dont ils sont issus ». Dans un rapport, il est d’ailleurs mis en évidence les « mensonges » des associations comme l’ADET et FERUS en dénonçant « l’écologie extrémiste ». La critique porte sur « le fonctionnement de l’État ». Pour Marie-Lise Broueilh, « il faudra un jour lever cette chape de plomb ».

Aux acteurs de terrain d’agir chez eux

Il n’est pas donné de mot d’ordre. Il n’est annoncé aucune action. Mais le président Lacube précise : « Nous informons les acteurs de terrain dans la mesure où nous en avons connaissance ». En clair, il se fera des actions individuelles incontrôlées. « La seule défense des gens de terrain, c’est le terrain, leur territoire ». Et il prend des exemples : « Quel ouvrier accepterait qu’on vienne sur son lieu de travail casser son outil de travail ? ». Et en s’adressant aux journalistes présents : « Un écrivain qui perd son manuscrit, un million d’Euros, est ce que ça lui remplace ? » Et il poursuit en parlant des éleveurs : « Le travail génétique depuis plusieurs générations sur un troupeau et on vient leur casser quelque chose qu’ils aimaient ».

La population d’ours n’est pas viable

Paco Boya, l’ex-président du Conseil Général du val d’Aran disait en 2008 : « ces ours disparaîtront tout seuls comme les autres ont disparu ». Tout simplement parce qu’il n’y avait pas de renouvellement génétique. Tout éleveur connaît bien ce problème. 20 ours n’ont aucun avenir et ce n’est pas une ourse de plus, même gestante, qui améliorera la situation. La preuve, nous précise Bruno Besche Commenge, « Les Espagnols ne veulent pas donner une ourse parce qu’ils estiment qu’à 150, leur population n’est toujours pas viable. A court terme il en faudrait 300 et à long terme plusieurs centaines... » Avec les problèmes que nous connaissons avec 20 ours... Imaginons plusieurs centaines au milieu d’un million de brebis sur toute la chaîne des Pyrénées.

Pour Véronique Estremé de l’ASPAP, ce serait « le lâcher de la honte ». Philippe Lacube précise pour conclure : « Si la raison n’est pas là, qui pourrait nous reprocher de perdre la raison ». Un avertissement clair au gouvernement.

Louis Dollo

• Convention de Berne http://www.pyrenees-pireneus.com/ENVIR-ConventionBerne.pdf

• La directive habitats complète : http://www.conservation-nature.fr/article3.php?id=94

• Comment déformer la réalité et manipuler les faits : une réponse à l’ADET et FERUS (pdf ci-dessous)