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Zelman et Berthe Utkès : la mémoire retrouvée d’un couple foudroyé par la Shoah

mardi 10 février 2026, par rédaction

Au Musée de la Déportation et de la Résistance de Tarbes, une exposition bouleversante fait ressurgir la trajectoire oubliée de Zelman Utkès, artiste juif polonais installé dans la ville pendant plus de trois ans avec son épouse Berthe. En 2024, la découverte fortuite de treize de ses œuvres dans une maison de l’American Park — où le couple avait été hébergé durant la guerre — a ouvert une brèche dans le silence de huit décennies.

Ces toiles, accompagnées d’un ensemble de documents et de photographies, ne racontent pas seulement un parcours artistique  : elles redonnent chair à deux vies brisées par la persécution. Utkès, formé dans plusieurs écoles d’art d’Europe de l’Est, avait voyagé, travaillé en Palestine, servi comme dessinateur technique dans l’armée britannique avant de rejoindre Paris et l’effervescence de l’École de Paris. C’est là qu’il rencontre Berthe, qu’il épouse, avant d’obtenir la nationalité française — trop tard, hélas, pour échapper aux lois iniques du régime de Vichy.

Le couple arrive à Tarbes en suivant le déplacement de l’entreprise Hispano‑Suiza. Par sens du devoir, ils se déclarent spontanément comme juifs aux autorités locales. Cette transparence, tragiquement, les expose  : en janvier 1944, la Gestapo les arrête à leur domicile. Drancy, puis Auschwitz‑Birkenau. Ils n’en reviendront pas.

Les œuvres retrouvées — portraits de Berthe, paysages bretons et normands, esquisses sensibles — témoignent d’un regard lumineux, d’une douceur presque en contradiction avec le destin qui les attendait. Une photographie du couple, radieuse, semble défier le temps et rappelle que derrière les chiffres de la déportation, il y avait des visages, des amours, des projets.

L’exposition, ouverte jusqu’au 23 mai, porte aussi un espoir  : celui de retrouver d’éventuels ayants droit, puisque les Utkès n’avaient pas d’enfants. Mais surtout, elle offre à Tarbes un devoir de mémoire incarné, accessible, profondément humain. Une manière de s’assurer que ces vies ne disparaissent plus jamais dans les marges de l’histoire.