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Retour sur Nafarroa-Tarbes

mardi 19 février 2019 par Rédaction
Diaporama - Photos Jean-Jacques Lasserre

Un vrai public de supporters à prendre en exemple

Nafarroa a donné une leçon de rugby, sur le terrain mais aussi autour du terrain par son public. Un public qui était venu nombreux malgré la journée ensoleillée qui incite les faux supporters à profiter des derniers dimanches de ski ou des premiers dimanches à la plage… Un public qui n’a pas abandonné son équipe malgré cinq défaites consécutives, dont deux à domicile. Un public qui vient en nombre, quel que soit le temps et les frimas, pour supporter une équipe qui prend des roustes à l’extérieur. Un public bon enfant, le meilleur rencontré jusqu’ici, qui chambre « gentiment » les joueurs adverses et qui en rigole. Un public qui interpelle sur le terrain chacun de ses joueurs par son prénom et l’encourage ou même l’engueule si besoin. Un public qui chante en choeur, qui applaudit à tout rompre son équipe, qui hue mais n’insulte pas les adversaires et les arbitres. Sylvain Mane, l’arbitre de touche sénégalais, s’est fait chambré bien sûr sur les touches pas assez ou trop longues, selon les circonstances. Mais sans aucune injure comme on l’entend malheureusement sur tous les terrains. Même l’arbitre « Parisien » ne s’est pas fait traité de noms d’oiseaux… Le public tarbais devrait en prendre de la graine, car si ses joueurs sont incapables de gagner à l’extérieur, ils sont invaincus à domicile. Et si les supporters se trouvent trop loin du terrain, rien ne les empêchent de se masser sur la main courante qui borde la piste d’athlétisme ! Ils seront alors au plus près du jeu et des joueurs…

Les réactions du côté de Nafarroa

Dans les vestiaires étroits, à l’ancienne, les chants basques ont fait place à « Magic in the Air » la chanson des bleus du Mondial. Deux cartons de champagne ont remplacé la bière traditionnelle d’après match. Du champagne payé par les joueurs pour fêter les anniversaires de plusieurs co-équipiers, si on en croit les explications. « Ici, on se paye tout, même le champagne d’aujourd’hui ». Aucun joueur n’est parti sous la douche, ils boivent le champagne dans un gobelet et presque tous fument en refaisant le match. Le vestiaire est à eux et aux amis, le Président et les entraîneurs les ont laissés vivre entre eux, ce moment intense.

Anthony Cachenaud : On avait peut-être plus envie qu’eux

Le capitaine n’aurait pas dû disputer ce match car il a écopé d’un second carton jaune lors de la dernière journée contre Tyrosse mais il a profité du règlement pour purger sa peine lors d’un match des Espoirs du week-end dernier. Avant de parler de revanche, le seconde ligne rappelle que cette victoire était essentielle pour le classement. « On n’a pas le droit à l’erreur à la maison. » Et le chemin parcouru depuis le match Aller est long. « On a beaucoup appris depuis. On a progressé, même en prenant 87-0, on a appris et maintenant, je pense qu’on est au niveau quand on joue à la maison. A Tarbes on avait vite laissé tomber. On n’était pas prêt non plus, on était de plus un peu craintifs. Aujourd’hui, on s’est dit qu’il fallait tout tenter, qu’on n’avait rien à perdre et on est passé ! » Anthony Cachenaud tord le coup à la « légende » qui prétend que Nafarroa préfère la pluie et les terrains boueux. « Nous, comme toutes les équipes on aime jouer quand il fait beau. On avait peut être plus envie qu’eux et comme ils sont lourds, ils ont plus soufferts que nous du temps chaud. »

Pascal Jeanneau : Pour être heureux, il faut avoir été malheureux

A l’évocation du match Aller, l’entraîneur, un brin philosophe, sourit « Pour être heureux, il faut avoir été malheureux… » Puis sérieux : « Non, le traumatisme n’est pas oublié. Je peux vous promettre que le retour avait été dur mais là, c’est un grand bonheur. Il y avait dix-huit joueurs qui étaient là au match Aller. Donc, ça ne veut pas dire qu’il nous manquait des mecs mais juste qu’on n’était pas prêt et qu’on été passé à côté. Mais là, c’est bon, on va vraiment savourer. » Par cette nette victoire par beau temps et sur terrain sec, Nafarroa a montré son vrai visage. L’entraîneur nous rappelle ses propos d’avant match. « Tout le monde loue nos qualités de vaillance, de courage, de cohésion mais je vous avais dit qu’on avait de supers joueurs de rugby. C’est vrai que j’attendais avec impatience ce match quand j’ai vu qu’il ferait beau. Je sais que tout ce qu’on fait à l’entraînement, les joueurs sont capables de le refaire en match. » Même s’il assure ne pas en avoir parlé à la causerie d’avant match, Pascal Jeanneau avait à cœur de prendre les Tarbais dans le jeu pour casser cette image d’équipe qui profite des terrains boueux pour gagner. « Sur un super terrain avec un super temps, on les a bousculé, débordé, on les a mis à mal. C’est une satisfaction parce que ça prouve, que dans ce sport, il faut être courageux, il faut être vaillants, mais il faut aussi être talentueux et mes joueurs le sont. »

C’est notre match le plus abouti

Intelligents et disciplinés aussi car ils ont appliqué les consignes pour contrecarrer la mêlée tarbaise qui passe pour être la meilleure de la Poule. « On a moins subi que sur certains matchs mais en mêlée il y la vérité de chaque match. Après, on avait vu qu’ils étaient très haut et on a essayé de les prendre bien bas et ça s’est plutôt bien passé. » Mais c’est surtout dans le rythme et la vitesse que c’est joué le match comme espéré par l’entraîneur de Nafarroa. « On a fait vingt minutes de folie. On a mis un rythme d’enfer, on les a un peu asphyxiés et ils arrivaient un peu en apnée sur les mêlées. » Honnête, Pascal Jeanneau, reconnaît le poids de l’enthousiasme extraordinaire qui se dégage du public et qui rejaillit sur les joueurs et l’arbitrage. « Je crois que l’arbitre aussi a vu qu’il y avait une équipe qui avait une envie terrible de jouer et ça l’a aussi conditionné sur sa manière de conduire le match. » Un arbitre qui a laissé beaucoup joué mais dont on ne peut pas dire qu’il ait influencé le cours du match, tant la supériorité des Basques était manifeste. Des Basques qui ont mené 23-0 jusqu’à l’heure de jeu, avec deux essais et on pouvait craindre que Nafarroa rende la Fanny aux Tarbais. « Non » rigole l’entraîneur « moi, j’ai plutôt pensé au bonus, car on a besoin de points, il ne faut pas se mentir. » Pas le temps d’espérer longtemps car l’essai tarbais est arrivé alors que personne ne s’y attendait. « Alors que je pensais qu’il allait lâcher, Tarbes s’est révolté. Du coup, à la fin, on a plus subi qu’autre chose. » Mais les Basques n’ont pas baissé le pied dans l’engagement, plaquant à tour de bras, et on gardé leur ligne pendant vingt minutes, avant de céder à la 80ème minute. « Très honnêtement, je pense qu’on a fait notre meilleur match de la saison. On avait battu Albi dans un contexte particulier. C’était un peu le match hors du temps, c’était un truc incroyable. Mais là, on a fait notre meilleur match et on gagné assez facilement. J’ai l’impression qu’on l’a maîtrisé du début à la fin. On n’a jamais été vraiment en difficultés, du moins il ne me le semble pas. C’est notre match le plus abouti et tant mieux car on en avait besoin. Maintenant, il faut qu’on se projette vite sur le reste… »

Banat Goïcoechea : Tout nous a réussi

Une cigarette et un verre de champagne à la main le centre savoure l’instant : « Oui, c’est une revanche. ».Il fait parti des dix-huit qui ont vécu l’humiliation du match Aller à Trélut et battre Tarbes c’était plus dur que de surprendre Albi. « Les Tarbais étaient prévenus. Ils savaient qu’on avait battu Albi et Lavaur à la maison. Ils sont venus motivés, sachant qu’on pouvait les battre et on les a battus. Ce n’était pas un match facile mais ça nous a souri. Tout ce que l’on a tenté, s’est passé. »

Jean-Marc Igos : On n’a pas le droit de se relâcher

L’entraîneur des avants se refuse à toutes interviews, comme il nous l’avait expliqué lorsque nous l’avions appelé pour présenter le match. Là, dans les circonstances exceptionnelles d’une belle victoire au bout d’un match plein, il a accepté pour remettre certaines choses en place. Notamment pour expliquer ce début de saison difficile et cette lourde défaite à Tarbes. « Quand on a joué le match Aller à Tarbes on sortait d’une victoire contre Tyrosse, notre première victoire. Et qu’on le veuille ou non, ce ne sont pas des excuses, il y a eu un relâchement mental au sein du Groupe. Et nous malheureusement, c’est l’envers du décor, si on est un peu relâché, un tant soi peu moins agressif, on le paye cash. Ce n’était pas un traumatisme, on a eu ce qu’on méritait à Tarbes. On a fait un non match et on s’est fait prendre dans tous les sens du terme. Mais ce n’était pas un traumatisme, c’était juste une grosse remise en questions à avoir. On a bien compris lors de ce match, qu’on n’avait pas le droit de se relâcher ! »

Nous, on joue le maintien

L’entraîneur des avants se refuse aussi à parler de revanche. « Non, non, il n’y a pas de revanche ou de motivation particulière. Chaque équipe a son aventure, chaque équipe a son championnat. Tarbes joue la qualif et nous, on joue le maintien et on s’est très bien que pour se maintenir à ce niveau, il faut qu’on gagne tous nos matchs à la maison. » Jean-Marc Igos explique : « On aborde tous les matchs de la même façon. La seule différence, c’est l’équipe adverse. Tarbes est différent d’Albi, qui est différent des autres équipes. Donc on cible à chaque fois des thèmes bien précis. On essaye vraiment de sensibiliser les joueurs. Les entraînements de la semaine sont faits en fonction, plus ou moins, des équipes que l’on rencontre. C’est ce qui fait tout le charme de ce championnat. » Tarbes et Albi, étant supérieurs en touche, les consignes étaient de ne pas chercher des touches mais de laisser le ballon sur le terrain. Contre Albi sur un terrain détrempé, c’était de leurs mettre la pression à la retombée pour les pousser à la faute. Contre Tarbes, c’était de remonter tous les ballons à la main. C’était aussi d’empêcher les Tarbais de développer leur jeu en montant très haut en défense pour les empêcher de prendre de la vitesse. C’était aussi de les plaquer aux jambes pour les empêcher de jouer debout et aux bras pour les empêcher de faire la passe.

 La force mentale

Nafarroa dispose d’une force mentale hors du commun pour, après avoir encaissé un 87-0 à Tarbes, remonter le match suivant un 0-21 pour s’imposer finalement 40-24 ! « Oui, c’est une force mentale terrible et indéniable à ce Groupe » reconnaît Jean-Marc Igos. « On peut parler de valeurs, on peut parler de générosité, mais c’est un Groupe qui a souffert, qui a eu beaucoup de moments difficiles et qui a appris. Ils ont connu le dur vraiment et c’est devenu une force maintenant. On arrive toujours à se relever de ces moments difficiles et notamment, durant un match. Contre Marmande c’est un scénario catastrophe mais le Groupe ne se désunit pas. A la mi-temps, il y a des paroles positives, il y a des leaders qui montrent l’exemple. Le fait d’avoir scoré a totalement changé la physionomie du match et c’est Marmande qui s’est écroulé. C’est vrai que c’est une force mentale qu’il faut qu’on préserve impérativement. »

Un public en or

Le public de plus joue un rôle énorme dans les performances à domicile. « Bien évidemment que le public joue un rôle énorme », reconnait Jean-Marc Igos même si certaines réflexions l’énervent. « C’est une évidence, le public c’est notre seizième homme ! Mais il faut relativiser ce qui est colporté. Après notre victoire contre Albi, on a dit que c’était le public qui arbitrait, qu’on avait joué dans des conditions difficiles, ceci, cela... Je veux rassurer tout le monde, tous ceux qui ne sont pas aux matchs. On gagne en jouant au rugby, tout simplement. Si on bat Albi, c’est parce que ce jour là, on a été, sans prétention, meilleur qu’Albi. Quand on gagne Tarbes, ce n’est pas le public qui était sur le terrain, c’est tout simplement parce qu’on a été meilleur que Tarbes. » Un public qui communie avant, pendant et après le match avec les joueurs et qui les poussent à se transcender, comme l’explique l’entraîneur. « C’est un magnifique échange. Le public s’identifie à nos joueurs et vice-versa. Comme eux nos joueurs vont aller travailler lundi matin et c’est une façon de leur rendre la pareille. Si en plus ils sont bons et qu’ils arrivent à gagner, c’est magnifique, on rêve éveillé ! »

Xabi Etcheverry : Je suis très heureux de la manière

Le Président ne sait plus où donner de la tête, félicité de toutes parts, au milieu de la foule. « Je suis très heureux de la victoire mais surtout très heureux de la manière. On a vu une première mi-temps de très bon niveau et les nôtres ont fait une superbe prestation et ont réussi à prendre le score. La deuxième mi-temps a peut-être été un peu plus compliquée. La puissance de Tarbes a commencé à nous faire un peu plus de mal mais on a très, très, bien défendu à ce moment là. On a été plutôt bons en conquête, ce qui nous a permis d’avoir de bons ballons pour sortir de chez nous. On a continué à les mettre sous pression pour prendre le large 23 à 0, sans qu’il y ait rien à redire. Sur le dernier quart d’heure, on a plus subi. On prend deux essais, dont un de pénalité et un, dans la dernière minute, qui relève plus de l’anecdote. » Une victoire nette, sans aucune suspicion d’arbitrage maison, de terrain lourd qui donnait du baume au cœur et à la fierté. « Cela fait plaisir, parce qu’à chaque fois qu’on gagne, il y a des éléments extérieurs qui auraient été en notre faveur. Là je ne crois pas que quelqu’un pourra en trouver un. C’était un match plein. La première mi-temps, sur le plan du rugby, a vraiment été vraiment accomplie. » Mais le Président redescend vite sur terre. « Notre objectif, c’est de nous maintenir et nous devons gagner tous nos matchs à domicile. Il faudrait même aller chercher une victoire à l’extérieur pour ne pas dépendre du résultat des autres. »

Les réactions du côté de Tarbes

Côté tarbais les joueurs sont renfermés et silencieux. De petits groupes se forment mais aucun sourire sur les visages graves. Les joueurs sont défaits, humiliés et préfèrent ne pas communiquer même si certains évoquent un sentiment de honte, parlent de fautes professionnelles, de manque d’engagement, de nullité… Les Basques les ont surpris et asphyxiés par leurs relances incessantes. En plus si Duny est sorti sur choix, Armary et Claverie (traumatismes) et Ramon (ligaments du genou), seront certainement indisponibles pour le prochain match. Heureusement, Vial, Lacroix, Loustaunau, Berbizier et Bréthous devraient être de retour, alors qu’il faudra attendre avril pour revoir Frisch.

Mickaël Etcheverria : J’ai honte pour nous et pour le club

L’entraîneur, d’origine basque et qui a de la famille à Baïgorry, est défait mais il ne se dérobe pas et ses mots sont forts. « J’ai honte pour nous et pour le club de l’image qu’on a véhiculé. On le savait. Albi était venu avant, et Lavaur aussi avaient perdu. Je ne comprends pas. » Pourtant cette fois les Tarbais ont été pris dans le combat mais aussi dans le jeu. « Oui, cette fois, il n’y a pas photo. Nafarroa mérite amplement sa victoire. J’ai même cru, à un moment donné, qu’ils allaient prendre le bonus offensif. » L’ancien arrière est inquiet : « Je ne sais pas où ça va nous mener. »

Yannick Vignette : On se met le feu d’entrée

Le coach tarbais est frustré et en colère, car les joueurs n’ont pas respecté les consignes d’avant match qui étaient de sortir au pied et d’éviter de se mettre sous pression et d’enflammer le public. « On se met sous pression sur le premier ballon et on se met le feu d’entrée. C’est nous qui les faisons entrer dans le match et on leur offre trop facilement les premiers points. On joue à l’envers de ce que l’on a dit. » L’ouvreur tarbais est clairement visé pour ces mauvais choix. Heureusement l’entrée prématurée de Lhusero a été une satisfaction par rapport à ses précédentes sorties. « Je suis très content de son match » souligne en connaisseur, l’ancien demi-de-mêlée. A l’ouverture Pees a aussi donné satisfait dans un poste nouveau pour lui. « On a mieux joué quand il est passé à l’ouverture » constate l’entraîneur. « Je suis sûr qu’il va être bon. Il a un bon jeu au pied, il défend, il attaque bien la ligne, il est courageux, il a de bonnes mains. » Autre satisfaction, c’est l’entrée de Haurie à la place de Duny, chahuté en mêlée et pris en grippe par le public.

Ceux qui n’adhèrent pas sortiront du groupe

Yannick Vignette, lassé du comportement de certains à l’extérieur avertit. « Ceux qui n’adhèrent pas sortiront du groupe. Je préfère perdre avec des jeunes qui se donnent et qui vont dans le sens de ce qu’on met en place, que de perdre avec des joueurs qui vont à contresens de ce qu’on veut faire et qui, en plus, ne s’y filent pas. » Défensivement aussi, les Tarbais ont joué à contresens des consignes. « J’avais demandé à la défense de serrer pour monter fort mais derrière ils se serrent mais ne montent pas et ils glissent. Forcément, on ne fait ni l’un, ni l’autre bien, c’était catastrophique. Les consignes étaient claires mais encore une fois les trois-quarts ont fait les choses à moitié. Au lieu de monter fort pour les mettre sous pression, on a fait le contraire. On est resté serré mais on n’est pas monté. Du coup, on a subi, on a subi… » Très sportivement Yannick Vignette reconnait cependant la supériorité de Nafarroa « On a été dominé du début jusqu’à la fin, dans l’envie et on a été pris dans l’impact. »

Jean-Jacques Lasserre