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Interview : A la rencontre de Benjamin Collet

lundi 3 juillet 2017 par Rédaction

Un capitaine emblématique

Arrivé en 2012, des Espoirs du Stade Toulousain, le jeune troisième ligne Benjamin Collet, âgé de 23 ans, s’est fait un nom et laissé sa marque au TPR. Celle d’un joueur vaillant, toujours prêt au combat, défenseur infatigable passé maître dans l’art du contest. Mais aussi celle d’un homme attachant, affable, le sourire aux lèvres et toujours disponible pour aller à la rencontre des supporters et de la presse. En cinq ans, ’’Benji’’ est devenu l’âme du TPR, le joueur incontournable et le capitaine emblématique de l’équipe. Ex-capitaine des Reichel toulousains, son aura auprès de ses coéquipiers, ont conduit ses divers entraîneurs à lui confier les rênes de l’équipe.

Découvert par Marc Dantin en poussins

Pourtant rien ne le prédestinait au rugby, personne dans sa famille n’y jouait. Son père était plutôt tourné foot et course à pied, le running, comme on dit aujourd’hui, mais il lui a inculqué une valeur essentielle : « Le goût de la gagne. » Sa soeur, de quatre ans sa cadette « est passée rugby et fait de l’athlé ». Seul rapport avec le rugby, son grand-père et sa grand-mère se sont rencontrés sur un terrain de rugby comme supporters. Sa première expérience rugbystique à l’âge de 5 ans aurait pu le dégouter. C’était à Serres-Castets, près de Pau, et l’éducateur lui avait dit « qu’il ne ferait jamais rien dans le rugby ». Aujourd’hui encore, il est choqué : « C’est débile qu’on puisse dire ça aux parents d’un gamin de cinq ans. » Parti à Bordeaux, il fera du judo qu’il continuera à Toulouse. C’est là, que le virus du rugby l’attrapera, inoculé, dans le cadre scolaire, par un futur entraîneur. C’est en effet au travers de ’’la balle ovale’’ en primaire, initiée par Marc Dantin, que le rugby va devenir primordial dans sa vie. ’’Marco’’ a insisté pour que le gamin s’inscrive en poussins à l’Ecole de Rugby de Blagnac. « On avait des éducateurs qui étaient top. Ils nous faisaient toucher un peu à tout, sans dire : Toi t’es grand tu vas jouer devant, toi t’es petit tu vas jouer derrière ! »

Licence et Master en poche

Depuis, il s’est consacré au rugby, tout en continuant ses études. Un Bac ’S’’ en poche, il a fait une Licence en Génie Mécanique Aéronautique et prépare actuellement un Master 2 en Entreprenariat et Management à l’IUT de Tarbes. L’an prochain, il devra valider son Master par un stage de six mois en entreprise et un Mémoire. « Je vais essayer de le caler pour continuer à jouer. » Allier études et rugby n’a pas toujours été simple mais Collet a réussi sur les deux tableaux et brillamment en plus. « Il y a des moments où ça a été un peu le rush, comme cette année où je faisait tout à la maison. Je n’allais en cours que sur les temps de repos. Ma femme a été très précieuse car parfois, j’avais envie de tout casser. Elle m’a dit occupes toi du rugby et de tes cours, je m’occuperai de tout le reste, alors qu’elle travaillait. Grâce à elle, j’ai validé tous mes partiels et tous mes projets sont formalisés » Sa rencontre avec Julie s’est passée autour du rugby, puisque c’est la soeur d’un de ses coéquipiers en cadets. « Cette semaine, ça fait trois ans qu’on est marié et le 1er juillet ça fera onze ans qu’on est ensemble. » L’après rugby de Benjamin Collet est tout tracé. Ses diplômes lui ouvrent de nombreuses perspectives de carrière. « Je peux bosser dans l’Aéronautique, dans l’Automobile ou le Management du Sport... » Mais ’’Benji’’ n’a pas la grosse tête et compte aborder sa vie professionnelle comme il l’a fait pour le rugby. « Il ne faut pas arriver en terrain conquis. Il faut diffuser ses compétences et son savoir tout en étant prêt à apprendre, car on n’a pas la science infuse. »

Le capitanat lui colle à la peau

Naturellement, il a rejoint le Stade Toulousain en cadets, pour devenir capitaine en juniors. Un capitanat qui lui colle à la peau, puisqu’il a très vite endossé ce rôle au TPR malgré la présence de joueurs expérimentés et de renom. Lors de sa première saison à Tarbes, alors qu’il avait 23 ans, Pierre-Henri Broncan lui avait donné ce rôle le temps d’un match. L’année suivante il était, avec Domolaïlaï, l’un des deux capitaines attitrés de l’équipe. « Je ne lève pas le doigt pour être capitaine. Ce sont les coachs qui doivent le sentir... » se défend presque Benjamin Collet. « Cela ne m’enlève rien de pas l’être et ça ne me rajoute rien de l’être. C’est sûr, que c’est une forme de reconnaissance mais je ne joue pas au rugby pour être capitaine. »

Un rôle primordial

Capitaine par son aura auprès de ses coéquipiers, de par son exemplarité sur le terrain mais aussi pour son sens de la communication. Il échange poliment avec les arbitres, fait des remarques malicieuses mais sans aucune agressivité, qui mettent les arbitres de son côté. « Les arbitres, ce sont des êtres humains. Ce ne sont pas des machines, ce ne sont pas des robots et ils peuvent se tromper. J’essaie de me mettre à leur place où j’aimerais qu’on me parle calmement. Qu’on m’explique les choses et pas qu’on soit tout le temps en train de me ronger le cerveau ! J’ai beaucoup travaillé aussi avec Christophe Berdos (ex- arbitre N°1 français) et il m’a aidé à le comprendre. Mais je ne suis pas un capitaine parfait, j’ai plein de choses à améliorer. » (rires...). Même si l’arbitrage en Poule d’Accession a été décrié par l’ensemble des entraîneurs, le capitaine tarbais se refuse à le critiquer. « C’est rare les matchs où même un bon arbitre ne fait pas d’erreur. Mais j’ai trouvé les arbitres plus ouverts au dialogue. C’est quelque chose que j’ai vraiment apprécié car on voit trop souvent en Pro D2 ou en Top 14, des arbitres qui refusent toute communication et qui se braquent. Je comprends les nouvelles directives parce qu’il y avait des joueurs qui exagéraient. J’ai vu récemment une compilation des meilleurs arbitres, d’il y a vingt ans. C’était génial, l’arbitre parlait aux joueurs et faisait complètement partie du jeu... » Benjamin Collet souligne que le rôle de ses partenaires est primordial. « Les copains m’aident bien sur le terrain. L’année dernière, on a vécu une saison très compliquée qui nous a tous resserrés et cette année, on a dû repartir de zéro. »

Troisième ligne de coeur

Barré par sa taille pour jouer au plus niveau en troisième ligne, Collet n’a jamais envisagé se reconvertir au talonnage. « Moi non, mais d’autres oui... » coupe-t-il agacé par la question. « On ne devient pas William Servat du jour au lendemain... Je n’ai pas envie d’être talon, je me régale trop en troisième ligne ! C’est génial comme poste, vous êtes en défense, en attaque où vous pouvez créer la brèche, au soutien des trois-quarts... Talonneur, c’est un autre métier. » De plus une mauvaise expérience l’a dégouté du poste. « J’ai fait un match au talon, en Reichel. Le lundi, j’étais bloqué. En touche, après deux mêlées, je ne lançais pas un ballon droit... » Sa relative petite taille et ses appuis solides en font un redoutable troisième ligne gratteur. « Je suis plus près du sol et ça me facilite la tâche (rires). Mais gratter, avec l’évolution des règles, c’est devenu compliqué. Il faut vraiment être dans le bon timing. » Un geste qu’il faut savoir appliquer à bon escient, pour mettre l’adversaire à la faute dans son propre camp, suite à une relance, ou près de sa ligne pour sauver un ballon d’essai. « Si on se jette sur tous les rucks on perd du temps. Il faut être sûr d’être au bon endroit, de ne pas être assistant plaqueur... Avec les mecs qui grattent et les autres qui plongent, c’est très difficile à arbitrer. »

Reconnu dès son arrivée

Il doit tout au TPR, où il a signé son premier contrat pro et dont il est devenu le capitaine inamovible et l’un des joueurs les plus utilisés. C’est sur les conseils de Teddy Iribaren, son ancien co-équipier des Espoirs toulousains, qu’il a choisi de signer à Tarbes. « C’est Teddy qui m’a dit de venir parce que Loïc (Bernad) s’en allait à Pau. On m’a tout de suite fait comprendre que ça allait être compliqué de le remplacer et j’ai vite compris. » Il ne lui faudra pourtant que cinq matchs pour être titulaire et s’imposer à 25 reprises, ce qui est remarquable pour une première saison professionnelle. Bien aidé, comme il le reconnait lui-même, par les blessures en troisième ligne. Mais depuis, il a fait son trou, alignant les feuilles de matchs et les titularisations malgré la concurrence à ce poste. Un poste où ont défilé les Loftus, Ricaud, Lasserre, Fono, Chkhaidze, Basauri, Nemsadze, Bezian, Haddon, Manu, Garrault, Lockley, et dernièrement Havea, Taulaga, Ferrer, Bonnecarrère, Sordia et Armary...

Cinq saisons pleines et enrichissantes

Cinq saisons passées à Tarbes, enrichissantes sur le plan sportif et humain. « La première saison où je suis arrivé, il y avait une très grosse équipe. Ce n’est pas pour rien, qu’on finit à un point de la qualif. Il y a deux ans, on avait aussi une grosse équipe. On aurait pu aller chercher la qualif sans nos problèmes financiers. » Une aventure humaine aussi car les anciens tarbais sont toujours restés en contact entre eux. Il est vrai que la convivialité du club est une force. « J’étais un ’’bébé’’ quand je suis arrivé et après une semaine d’entraînement, je me sentais comme à la maison. J’ai été super bien accueilli. Les anciens faisaient tout pour bien accueillir les nouveaux. » C’est cet état d’esprit que ’’Benji’’ a fait perdurer ces deux dernières saisons et surtout l’année dernière où le groupe avait été disloqué. Bien épaulé par les ’’rescapés’’, dont Adrien Domec, et encouragé par Marco Dantin. Malgré les vicissitudes extra sportives le futur narbonnais n’oubliera pas de sitôt son expérience bigourdane. « Honnêtement, j’ai vécu cinq années très, très, fortes. Tarbes, ce sont les joueurs, les bénévoles qui font un boulot formidable à la bodega. Tarbes, c’est une ambiance générale où le groupe, c’est très fort. Des joueurs qui sont partis dans d’autres clubs me disent ; que ce qu’ils ont vécu à Tarbes, ils ne le revivront jamais. Je ne sais pas ce que je vivrai ailleurs mais Tarbes, c’était fabuleux. »

Tenté par le projet narbonnais

Sans cette descente administrative en Fédérale 1, Benjamin Collet, hormis proposition en Top 14, se serait bien vu terminer sa carrière à Tarbes où son épouse Julie travaille. « L’année où Tarbes est relégué, il me restait deux ans de contrat. A 29 ans, on m’aurait proposé un contrat de trois ans en Pro D2, je serais resté. Mais pareil Tarbes ne m’aurait plus voulu... » (Sourires). Mais revivre une seconde année galère consécutive, avec l’interdiction de participer aux phases finales, a été la goutte de trop. Déjà l’an passé, touché par la relégation, il avait été tenté de mettre un terme à sa carrière sportive. C’est pour cela, mais aussi pour rendre service au club, qu’il avait accepté un contrat d’une seule année. Mais au vu de ce nouveau coup du sort, Benjamin Collet a été le premier à quitter un club auquel il est pourtant très attaché. « C’est dur, tu te vides sur les terrains tous les week-ends et au final, tu t’es vidé pour rien. J’étais désabusé... » Une décision irrévocable, car cette fois, il était bien décidé à prendre sa retraite sportive plutôt que de rester. « J’ai eu beaucoup de chance. J’ai été contacté par Narbonne qui a un projet ambitieux mais tout en étant terre à terre. Ils veulent une grosse équipe mais ils se donnent le temps de grandir avant de revenir en Top 14. Narbonne veut figurer parmi les premières équipes de Pro D2. »

L’expérience de la poule élite

Malgré tout cette expérience en Poule Elite de Fédérale aura été intéressante. « Cela va un peu moins vite et des fois, c’est un peu plus décousu, mais ça joue. J’ai regardé quelques matchs de Top 14 et parfois, c’était de vraies purges. A tous les niveaux, on peut voir de beaux matchs. Nous aussi, on a parfois offert de vraies purges mais on a aussi régalé le public par du bon rugby. » Mais le plus difficile à vivre, ce sont les longs déplacements compensés par le peu de matchs à jouer (18 contre 30 en Pro D2). Par contre le rassemblement des meilleures équipes de Fédérale dans une poule unique, ne peut être que bénéfique pour les clubs qui accèdent en Pro D2. « Nevers, qui était habitué à mettre 50 points à chaque match en Fédérale, et qui a été mis en difficulté sur certains matchs, sera mieux préparé pour jouer en Pro D2. » Un championnat où les grosses écuries ont été accrochées par des clubs moins structurés. Ce fut aussi le cas de Tarbes mais pour d’autres raisons. Partie de zéro, l’équipe a dû reconstruire un fond de jeu et trouver des automatismes. « J’avais dit en début de saison qu’on était en formation et qu’on serait prêt pour les phases finales » remarque le Capitaine d’une équipe qui s’est hissée à la quatrième place devant Aix et Auch.

Massy et Nevers logiquement au dessus

Benjamin Collet dément vigoureusement que l’équipe ait fait ’’grève’’ à Aubenas avec un 24-0 encaissé en première mi-temps. « Il y a des jours comme ça où rien ne marche. On ne fait pas exprès d’être nul ! C’est un véritable accident. On en prend 24 en première mi-temps et on en met 23 en seconde ! » Le dernier match contre Aix, au Stade Vélodrome de Marseille, restera à jamais dans les mémoires des joueurs. « Fouler la pelouse du vélodrome, c’est particulier, ça fait des choses. J’ai vraiment apprécié l’avant-match et l’après-match parce que sur le terrain, quand on joue, on ne fait pas attention aux structures et à la grandeur du Stade. Après notre match, on a eu un réceptif de haut niveau mais on est parti juste à la fin du match et on n’a pas pu se mélanger aux Toulonnais et aux Toulousains. Pour le capitaine tarbais, « Massy était l’équipe la plus rodée avec des joueurs de qualité et ce n’a pas été une surprise qu’ils finissent devant. C’est un groupe qui se connait depuis longtemps. C’est un super club formateur et ils ont de supers joueurs. Ce n’est pas pour rien que c’est le vivier du Stade Français. » Malgré tout Tarbes aurait pu s’y imposer. « On a manqué de réussite au pied et de pragmatisme, alors qu’eux ils marquent sur chaque occasion. Nous, on tombe le ballon sur la ligne après une superbe action en première main. » En second lieu, Benjamin Collet place l’autre promu. « Nevers a de supers joueurs, ce sont des clients. Ils ont des joueurs très mobiles ce qui fait qu’ils n’avaient pas la meilleure mêlée du Championnat. » En toute honnêteté, le capitaine bigourdan se refuse de refaire l’histoire puisque l’équipe a été interdite de demi-finales. « On était en forme et on aurait tout donné. On avait les qualités pour faire quelque chose de bien en phase finale. On avait une carte à jouer, après c’est la vérité du terrain et je ne peux pas dire qu’on aurait gagné... »

Merci aux bénévoles

A l’heure de quitter la Bigorre Benjamin a une pensée émue : « Je voudrais remercier toutes les personnes qui nous ont accueillis avec ma femme et ma famille. Chaque fois que ma famille venait nous voir, ils ont toujours été bien reçu, par les joueurs, les familles des joueurs, les coachs, les bénévoles, notamment ceux de la Bodega qui font que l’ambiance à Tarbes est comme ça. C’est comme une petite famille et j’étais toujours content d’aller les voir après les matchs, qu’on ait gagné ou perdu. Quand on avait gagné, on était les rois du pétrole et quand on perdait, ce n’était jamais de notre faute. C’est grâce à ces gens, que tu te sens bien quelque part et je veux leur dire un grand merci et de continuer à être comme ça. C’est toujours avec un grand plaisir que je passerai leur dire bonjour.

Rien de définitif

A la fin de son contrat de deux ans à Narbonne, ’’Benji’’ aura 30 ans et beaucoup espèrent le voir finir sa carrière à Tarbes, si le club remonte en Pro D2. « Il n’y a jamais rien de définitif, ça va tellement vite dans tous les sens, que je ne sais pas où je serai dans deux ans. Pareil Narbonne voudra me garder ou pareil personne ne voudra de moi, même pas Tarbes. Pareil j’aurai les deux genoux pétés... (rires). »

Propos recueillis par Jean-Jacques Lasserre