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Le public des Hautes-Pyrénées à la rencontre des écrivains pendant le Mai du Livre

mardi 9 mai 2017 par Rédaction

Pendant la 39ème édition du Mai du Livre, organisé par la Ligue de l’Enseignement jusqu’au 12 mai 2017 dans les Hautes-Pyrénées, plusieurs écrivains rencontrent un public de toutes générations. Au cours du week-end dernier, Jean-Claude Carrière, Gérard Mordillat et Diego Arrabal étaient présents au Haras de Tarbes. Cette semaine, l’illustrateur Zaü et l’historien José Cubéro leur succèderont.


La Maison du cheval accueille les amoureux de la culture et du livre ce samedi 7 mai 2017, au cœur du Haras de Tarbes. Les écrivains Jean-Claude Carrière, Gérard Mordillat et Diego Arrabal vont à la rencontre du public bigourdan, avec la complicité de la Ligue de l’Enseignement des Hautes-Pyrénées, de la Librairie « Les Beaux jours » de Tarbes et de la maison d’édition « Arcane 17 ». L’après-midi débute avec une conférence animée par René Trusses, président de la Ligue, en présence d’un invité très attendu : Jean-Claude Carrière, écrivain, scénariste, conteur et réalisateur. Plus de 200 personnes remplissent la Maison du cheval pour assister à cet événement. Plein de verve et d’humanité, Jean-Claude Carrière évoque ses nombreux voyages à travers le monde, à la rencontre de cultures différentes. « J’ai découvert un peuple vivant dans l’une des forêts du Brésil. Ces personnes vivaient de la chasse et de la pêche, comme les Hommes de la Préhistoire. Un soir, à la tombée de la nuit, nous nous sommes installés dans des hamacs. Alors que le crépuscule envahissait la forêt, ils ont commencé, par petits groupes, à se raconter des histoires. Parfois, leurs récits mélangeaient la langue de leur peuple et des sons qui ressemblaient à l’imitation de cris d’animaux. J’écoutais avec attention, j’avais l’impression troublante d’assister à la naissance du monde ». René Trusses lui demande de parler du langage cinématographique. « Ce langage a beaucoup évolué depuis les années 50 », répond Jean-Claude Carrière. « La nouvelle vague a entièrement renouvelé l’approche du cinéma. Dans les années 1980, avec Jean-Luc Godard, nous déplorions la disparition du cinéma d’auteur. Et puis, le réalisateur iranien Abbas Kiarostami est arrivé. Je me souviens avoir regardé deux fois l’un de ses films avec Godard. Et nous avons ensuite discuté pendant des heures, en décortiquant toutes les innovations apportées par Kiarostami dans le langage du cinéma. Depuis, d’autres réalisateurs venus du Mexique, d’Argentine, de Chine ou de Turquie ont apporté énormément au cinéma ». Dans le public, une personne lance : « comment faire pour que le sens des mots ne se perde pas ? ». Jean-Claude Carrière répond en citant une phrase de Confucius. « On avait posé la question suivante au philosophe chinois : « que feriez-vous si vous accédiez au pouvoir suprême ? ». Il répondit alors : « je rassemblerais toutes les personnes compétentes pour nous mettre d’accord sur le sens des mots ! ».

L’écrivain revient ensuite sur l’une de ses expériences marquantes : la coopération avec le cinéaste polonais Andrej Wajda, autour du film « Danton ». « J’ai travaillé énormément de textes du temps de la Révolution. Nous avons longuement échangé avec Wajda à ce sujet, et nous sommes parvenus à la conclusion suivante : les révolutionnaires qui siégeaient dans les assemblées représentatives du peuple étaient considérés comme les meilleurs de leur époque, et s’appuyaient sur une forte légitimité. Mais après la victoire de Fleurus et le triomphe effectif de la Révolution, des leaders comme Danton, Robespierre et Desmoulins ont senti que le pouvoir était en train de leur échapper. Ils ont même pressenti l’émergence possible d’un tyran, intuition visionnaire sur la naissance du futur empire. Aucun pouvoir ne peut transformer le réel. Il peut seulement tenter de changer la mentalité du peuple ». En conclusion de son intervention, Jean-Claude Carrière finit sur une note d’espoir : « après mes conversations avec des sages du monde entier, comme le Dalaï Lama, je retiens cette conviction : ce qui est présent au plus profond de chaque être humain n’est pas la violence, mais la compassion ».

Pendant la pause entre la conférence et la projection du film « La sociale », les écrivains se consacrent au public et aux séances de dédicace. Tandis que Jean-Claude Carrière présente l’un de ses récents ouvrages, « La Paix », Gérard Mordillat et Diego Arrabal, entre deux signatures, détaillent leurs projets respectifs. « Je vais publier en septembre 2017, chez Albin Michel, un roman intitulé « La tour abolie », confie Gérard Mordillat. « L’histoire se déroule dans le quartier de La Défense. Elle évoque une population marginalisée et raconte une trajectoire qui va du septième sous-sol au 38ème
étage d’une tour de la Défense ».
L’écrivain et réalisateur vient d’achever le tournage de « La mélancolie ouvrière », une fiction consacrée au destin de Lucie Baud, une ouvrière des soieries de Grenoble, qui organisa une grève au début du XXème siècle. Interprété notamment par Virginie Ledoyen, Philippe Torreton, François Cluzet et François Morel, ce film devrait sortir dans les salles au mois d’octobre 2017. Gérard Mordillat prépare aussi une nouvelle série documentaire sur le thème « Prix, salaire et profit ». Cette œuvre, qui propose une démarche pédagogique pour mieux comprendre l’économie, devrait être diffusée en six épisodes à la télévision au mois de juin 2018. Enfin, Gérard Mordillat travaille pour septembre 2018 sur la mise en scène d’une pièce de théâtre musical intitulée « Les vivants et les morts ». De son côté, l’écrivain tarbais Diego Arrabal, auteur de « Jour de colère » en 2015, a participé en 2016 à un ouvrage collectif, « Mortelles primaires », publié aux éditions Arcane 17. Cette année 2017, il a écrit un nouveau roman policier, intitulé « N’y voyez rien de personnel ». « C’est l’histoire d’un tueur à gages dont le destin traverse les soubresauts politiques et sociaux des années 1960 aux années 1980. Le roman sera aussi publié par les éditions Arcane 17 ».

Après la séance de dédicace, le public du « Mai du Livre » se rassemble à nouveau pour assister à la projection du film de Gilles Perret, « La sociale ». Ce documentaire raconte, à travers les images d’archives, les récits des historiens et le témoignage d’anciens syndicalistes, la création après la Seconde guerre mondiale de la Sécurité Sociale en France. Le film rend notamment hommage au ministre du Travail Ambroise Croizat, ancien ouvrier métallurgiste, membres du PCF et de la CGT. Il a réussi le tour de force étonnant, avec l’appui bénévole de dizaines d’ouvriers syndiqués à la CGT, et le soutien d’un haut fonctionnaire, de regrouper toutes les caisses françaises pour constituer la Sécurité Sociale. Son objectif : permettre à tous les salariés de se libérer de la peur de tomber malade ou d’être victime d’un accident du travail. Grâce à la « Sécu », l’espérance de vie a augmenté de 25 ans et la mortalité infantile a diminué de plus de la moitié en l’espace d’une quinzaine d’années dans notre pays ! A la fin de la projection, un bref débat est organisé par René Trusses avec le public présent, qui applaudit avec chaleur cette émouvante saga consacrée à « La sociale ».

Le « Mai du Livre » se poursuit jusqu’au 12 mai, en laissant encore une large place à la rencontre entre le public et les auteurs. L’illustrateur jeunesse Zaü sera présent mercredi, à 14h, à la Médiathèque du Haras de Tarbes. L’historien José Cubéro animera une soirée dédiée à l’histoire du camp de Garaison, pendant la Première guerre mondiale, mercredi à 18h15 à la Maison du cheval, toujours au cœur du Haras. L’équipe de la Ligue de l’Enseignement propose plusieurs autres rendez-vous culturels au public des Hautes-Pyrénées cette semaine. Mardi 9 mai, à 20h30, au Pari, une pièce de théâtre « Le grand cycle de l’endurance », d’après le roman de Jean-Bernard Pouy. Un spectacle qui raconte quatre heures de la vie d’un coureur cycliste. Jeudi 11 mai à 18h15, la sociologue Jacqueline Costa-Lacoux présentera une conférence sur le thème : « Jeunesse sacrifiée ? », à 18h15, à la Maison du cheval dans le Haras de Tarbes. Le vernissage de l’exposition « Réalisations en milieu scolaire » aura lieu vendredi 12 mai à 17h15 au Haras. Elle sera suivie par un spectacle graphique « Boucs et misères », illustré par Zaü, sur un texte lu par Caroline Roux. Enfin, le 39ème Mai du Livre s’achèvera vendredi soir à 20h30, au Pari, par un spectacle chorégraphique intitulé « Pepsiken et Barbiecola ». Un récit contemporain qui propose une vision ironique sur le règne de l’apparence. Le public pourra aussi découvrir tout au long de la semaine, au Haras de Tarbes, plusieurs expositions. Les peintures de Rob Van Veggel. Une exposition de 25 dessins originaux de Zaü, sur le thème « L’enfant qui savait lire les animaux ». En partenariat avec Amnesty International et La Ligue des Droits de l’Homme, l’exposition « Rebelles qui êtes-vous ? ». Au Musée de l’histoire et de l’immigration, « Frontières ». Enfin, « Réalisations en milieu scolaire ». A travers le livre, le cinéma, le théâtre, la musique, la danse, la peinture, le dessin et la photographie, le Mai du Livre convoque ainsi tous les arts pour répondre à la question posée par le thème de cette édition 2017 : « sommes-nous cette histoire, quelles histoires sommes-nous ? ».

Jean-François Courtille

Ligue de l’Enseignement – tél 05 62 44 50 50 – Site : www.fol65.fr – Les expositions permanentes au Haras de Tarbes sont accessibles gratuitement au public tous les jours, de 9h à 12h et de 14h à 19h.

Diaporama Photos JF Courtille

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