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Callipolis (une utopie) : quand des lycéens construisent la société de l’avenir

jeudi 6 avril 2017 par Rédaction

Le nouveau spectacle du dramaturge Jacques Allaire, en partenariat avec la Scène Nationale du Parvis, relève un pari audacieux : donner la parole à des lycéens bigourdans ou béarnais âgés de 14 à 18 ans. Construit à partir de leur expression, le spectacle, présenté pour la première fois au lycée Jean-Dupuy à Tarbes, bouscule les préjugés sur la jeunesse. Callipolis (une utopie) partira en tournée dans une vingtaine d’établissements scolaires courant avril 2017.

80 lycéens et une dizaine d’adultes prennent place dans une grande salle du lycée Jean-Dupuy, un jour du printemps 2017. Sur le tableau noir, une formule provocante est tracée à la craie : « sois jeune et tais-toi ». Une enseignante demande aux élèves d’éteindre leurs téléphones portables. Les lycéens attendent sagement la conférence qui leur a été annoncée : un exposé du dramaturge Jacques Allaire sur le thème de l’utopie. Soudain, au fond de la classe, une jeune fille s’écrie : « Madame, tout à l’heure, ils m’ont traitée de pute et de sale Viet ! ». Au premier rang, un garçon ajoute d’une voix forte : « C’est vrai, Madame ! ». Un dialogue, en apparence improvisé, s’instaure d’un bout à l’autre de la salle entre les deux jeunes, interprétés par les comédiens Chloé Lavaud et Valentin Rolland. Les 80 lycéens présents, d’abord surpris, puis amusés, écoutent avec une attention croissante les échanges entre les deux acteurs de la pièce. Pendant une heure, tous les sujets sont ainsi abordés : relations entre garçons et filles, avenir professionnel, écologie, urbanisme, questions de société, politique. Parfois, le burlesque affleure, comme lors du récit d’un cauchemar surréaliste. Chloé et Valentin se déplacent avec aisance parmi les lycéens, esquissant une chorégraphie au milieu de la salle. Ils remuent les chaises, tracent des lignes sur le sol, apostrophent les lycéens, puis remplissent le mur de propositions pour une future assemblée nationale à réinventer. Quand le spectacle s’achève, les jeunes applaudissent, puis répondent avec timidité aux questions posée par le metteur en scène.

Jacques Allaire leur explique ensuite la genèse du projet de Callipolis (une utopie), monté en partenariat avec la Scène Nationale du Parvis à Ibos. « Je voulais donner la parole à des jeunes lycéens d’enseignement général, âgés de 14 à 18 ans. Avec Olivia Barron, nous avons mené 160 entretiens dans plusieurs établissements des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-Atlantiques ». Trois lycées ont été visités : Michelet à Lannemezan, Jean-Dupuy à Tarbes, et Louis Barthou à Pau. « Chaque entretien suivait le même scénario : une discussion approfondie avec un jeune volontaire pour l’expérience. La trame des questions était la suivante. Quels sont tes plus grands désirs ? Quelles sont tes plus grandes peurs ? Est-ce que tu penses que tes parents ont eu la vie qu’ils voulaient avoir ? Y a-t-il un événement qui t’a marqué dans l’année, ou qui t’affecte physiquement ? J’ai poussé chaque lycéen à penser par lui-même, à exprimer cela avec ses propres mots. Et aussi, dans sa vision de l’avenir, à passer de « il faudrait » à « je ferai ». La Scène Nationale du Parvis s’est engagée dans la production de Callipolis (une utopie) à double titre. D’abord, par un apport financier. Puis, en accueillant les artistes pendant 7 semaines, dans le cadre de 3 résidences de création. Chloé Lavaud et Valentin Rolland ont beaucoup appris par cette expérience artistique. « Nous avons tenté d’être aussi fidèles que possible au texte issus des échanges avec les lycéens. Dans leur langage, ils utilisent souvent des ellipses, et certains silences ou ponctuations peuvent être lourds de sens. Nous avons essayé de restituer, par notre jeu et notre diction, ce mode de pensée ». Pour Jacques Allaire, cette expérience bouleverse les préjugés des adultes à l’égard des jeunes. « J’ai été frappé par leur générosité et aussi par l’originalité et la précision des propositions formulées. Elles regroupaient pour l’essentiel trois grandes catégories. D’abord, les mesures à prendre pour que plus aucune personne ne soit sans abri et ne dorme dans la rue. Ils ont imaginé pour cela la construction de bâtiments où chaque personne disposerait de sa propre chambre. Ensuite, la disparition du Front National, un parti dont presque tous les lycéens rencontrés rejettent les valeurs. Et enfin, la question du salaire décent pour chaque personne. Peu de lycéens ont exprimé le désir de devenir milliardaires. Pour eux, l’argent n’est pas un but dans la vie, à partir du moment où ils ont de quoi vivre correctement ». Callipolis (une utopie) va être présenté pendant le mois d’avril 2017 dans plusieurs établissements scolaires bigourdans et béarnais. Ce spectacle constitue une aventure culturelle et citoyenne hors du commun. Il peut contribuer à changer le regard des adultes sur la jeune génération. Et donner envie aux jeunes de prendre leur place dans la construction de l’avenir.

Jean-François Courtille

Callipolis (une utopie) sera présenté dans une vingtaine de lycées des villes suivantes : Aureilhan, Bagnères-de-Bigorre, Gourdan-Polignan, Lannemezan, Lourdes, Mauléon-Magnoac, Pau, Tarbes, Tri-sur-Baïse et Vic-en-Bigorre.