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La grève à la Polyclinique de Tarbes s’achève après 65 jours, les salariés soulagés et fiers, la direction appelle au respect mutuel pour la reprise du travail

mardi 10 janvier 2017 par Rédaction

 Après l’un des plus longs conflits sociaux de l’histoire des Hautes-Pyrénées, dans une entreprise privée en pleine activité, la grève de la Polyclinique de l’Ormeau-Pyrénées va s’achever ce mercredi 11 janvier 2017 dans la soirée. Les salariés en grève ont voté mardi midi à l’unanimité le protocole d’accord de fin de conflit transmis par la direction, qui intégrait les trois derniers amendements proposés par les grévistes. Le travail va reprendre dans les services à partir du jeudi 12 janvier. Les salariés sont partagés entre le soulagement de voir le conflit s’achever et la fierté d’avoir obtenu un accord honorable, face à un groupe en cours de rachat qui deviendra bientôt le deuxième groupe le plus puissant de France dans le domaine des hospitalisations privées. De son côté, le directeur de la Polyclinique, Cyril Dufourcq, dans l’interview qu’il nous a accordée après la signature de l’accord, appelle au respect mutuel entre tous les personnels soignants de son établissement. Il promet de tout mettre en œuvre afin que les patients des Hautes-Pyrénées puissent obtenir rapidement des rendez-vous pour leurs consultations et leurs opérations. Les salariés, désormais « ex-grévistes », organisent une rencontre festive pour remercier les personnes qui les ont soutenus, samedi 14 janvier à 15h, dans la salle des fêtes de Sarrouilles.

« Tous ensemble, tous ensemble, oui ! Oui ! ». Les grévistes de la Polyclinique de l’Ormeau-Pyrénées, à Tarbes, laissent exploser leur joie ce mardi 16 janvier 2017, à midi, dans l’amphithéâtre de la Bourse du Travail. Ils viennent de voter, à l’unanimité des 140 personnes présentes, le protocole d’accord de fin de conflit transmis par la direction de l’établissement. Et ils ont aussi voté, à une large majorité, la reprise du travail le jeudi 12 janvier. A 16h15, ce mardi, accompagnés par un groupe de salariés qui leur ont composé une « haie d’honneur », les délégués des grévistes sont venus assister à la signature de l’accord entre le directeur de la Polyclinique, Cyril Dufourcq, et la déléguée CGT de la Polyclinique, Laurence Charroy, en présence de la directrice opérationnelle de l’établissement, Maylis Pedot. La direction a accepté d’intégrer au protocole les trois derniers amendements proposés par les grévistes, qui concernaient le versement de la prime pérenne à tous les salariés, quel que soit leur statut dans l’entreprise, l’intégration des ASH dans les équipes de soins, et le respect des demandes d’affectation formulées par les personnels concernés dans les services de chirurgie conventionnelle ou d’hospitalisation de semaine. L’article 3-3 du protocole, relatif à la fin de la grève, est aussi de nature à rassurer les ex-grévistes sur les conditions de la reprise du travail. « La direction s’engage à n’opérer aucune sanction, aucune pression, aucune poursuite judiciaire, ni mesure discriminatoire sur les salariés, en raison de leur exercice du droit de grève, ainsi que leurs représentants. La direction et les représentants du personnel s’engagent à rappeler aux salariés les droits de chacun, et à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour faciliter les conditions de reprise du travail et la qualité des relations entre individus. La direction et les représentants du personnel conviennent que la reprise devra également se faire dans un climat favorable à tous. Pour ce faire, des actions de suivi seront organisées sous l’égide du Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail ».

C’est donc la fin de l’un des plus longs conflits sociaux, pour un établissement privé en pleine activité, dans l’histoire des Hautes-Pyrénées. L’analyse de cette grève est évidemment très différente, selon que l’on se situe du côté des grévistes ou du côté de la direction. Lors de la conférence de presse organisée après l’assemblée générale, Laurence Charroy, l’une des leaders de ce mouvement à 95% féminin, par ailleurs déléguée CGT et responsable du syndicat CGT de la Polyclinique, résume ainsi sa réflexion. « Dans notre entreprise, nous voyons bien qu’il y’avait un simulacre de dialogue social. Les réunions avec la direction n’ont pas manqué, c’est vrai. Mais sans réelle volonté d’écoute de leur part, elles ne servaient à rien. Grâce à notre lutte, très longue, et à notre solidarité, la direction du groupe Médipôle Partenaires et celle de la Polyclinique ne peuvent désormais plus rester sourdes à nos revendications. Elles seront obligées d’écouter la voix des salariés, la voix des élus qui les ont soutenus, et la voix de la CGT, seul syndicat présent au sein de l’entreprise de Tarbes. Aujourd’hui, c’est une grande victoire que nous avons remportée, suite à une lutte acharnée, menée principalement par des femmes, par des professionnelles de la santé, mais aussi par leurs familles. Cette lutte a aussi été celle de la population des Hautes-Pyrénées, qui nous a largement soutenues tout au long de ce conflit social. Eux aussi ont montré leur volonté de dire « non » à la marchandisation de la santé. Et nous les remercions pour leur soutien indéfectible. Nous remercions les élus locaux qui se sont impliqués, les commerçants qui ont fait des dons pour le loto et pour la tombola. Enfin, nous remercions les services de l’Etat, et notamment la Préfecture, pour leur travail. Nous organisons d’ailleurs une rencontre festive pour remercier tous nos soutiens ce samedi 14 janvier, à 15h, à la salle des fêtes de Sarrouilles ».

« Si la direction avait accepté plus rapidement nos revendications, nous aurions gagné probablement trois semaines et limité les conséquences sanitaires de cette grève dans les Hautes-Pyrénées. Dans les moments de tristesse ou de colère, ce qui nous a permis de tenir, c’est la solidarité entre les salariés, la solidarité manifestée par l’interprofessionnel de la CGT et celle de la population. Au-delà des 2,63% d’augmentation de salaire que nous avons obtenus, et de la satisfaction de nos revendications concernant nos conditions de travail, notre plus belle victoire est d’avoir réussi à préserver cette solidarité entre collègues. Même si nous avons vécu un Noël très dur, dans ce contexte particulier. A présent, il faudra encore quelques jours pour que les services de la Polyclinique se remettent en route, notamment à l’Ormeau-Pyrénées. Ce sera la responsabilité de la direction de veiller au bon déroulement de cette démarche. Si je devais résumer par un mot notre état d’esprit à l’issue de ce mouvement social, ce serait la fierté ».

A l’issue de la signature de l’accord avec les salariés, mardi après-midi, Cyril Dufourcq, directeur de la Polyclinique, a accepté de nous accorder une interview. Il analyse le mouvement social en ces termes. « C’est une situation d’une complexité absolue. La délégation syndicale a été surprise autant que la direction par la détermination des salariés. Nous sommes tous fatigués, et tous soulagés que le travail puisse enfin reprendre. Ce conflit social est né d’un malaise très profond, qui dure depuis plusieurs années, et qui est antérieur au rachat de la Polyclinique par le groupe Médipôle Partenaires. La profondeur de ce malaise explique la très grande force de ce mouvement social et la durée très longue de cette grève. En quelque sorte, la boîte de Pandore a été ouverte, et tous les problèmes sont remontés d’un seul coup à la surface. La force de cette grève a parfois été à l’encontre des besoins des usagers, et cela, je le regrette. Après deux mois de conflit, je ne pourrai pas vous chiffrer le nombre exact de reports de rendez-vous, pour les opérations ou les consultations, mais il dépasse en tous cas largement le cap des 2000. J’ai reçu aussi une trentaine d’attestations de personnes qui se plaignaient du blocus, pendant son déroulement. Nous sommes passés, selon moi, d’une grève du personnel à une grève syndicale. Concernant la perte financière générée par le conflit social, j’en saurai plus à la fin du mois de janvier, quand les comptes de l’année 2016 seront arrêtés. J’avais souhaité dès le 26 novembre le recours à la médiation. Dans un premier temps, nous avons en effet refusé les recommandations du médiateur. Mais face à la situation sanitaire et aux nombreuses plaintes des patients, nous avons pris nos responsabilités, et accepté des concessions supplémentaires ».

« La grève concernait environ 30% des salariés, certains services ont donc continué quasi normalement. Pour les autres services, la reprise va s’effectuer progressivement. Mais nous allons tout faire pour redonner, dans un délai rapide, des rendez-vous de consultation ou d’opération à nos patients. Dans cette situation psycho-sociale délicate, il faudra que tout le monde fasse preuve de bonne volonté pour que le travail reprenne dans les meilleures conditions possibles. Il n’y aura pas de « chasse aux sorcières ». J’appelle donc les ex-grévistes à ne pas verser dans le triomphalisme. Les médecins ont beaucoup perdu lors de ce conflit. Ils ont été marqués par le fait de ne pas pouvoir donner de rendez-vous à leurs patients, d’être dans l’incapacité de trouver des solutions à leurs demandes. Je crains de perdre des médecins de mon équipe, et de rencontrer plus de difficultés pour recruter les futurs praticiens. Je vais organiser des réunions pour accompagner l’ensemble des salariés, en vue de reprendre le dialogue au sein des services et de reconstituer une vraie communauté de travail. Concernant les critiques sur le thème de la « marchandisation de la santé », je n’ai pas à me prononcer. Mais il me semble que l’histoire va dans le sens des regroupements d’établissements de santé. Par exemple, la clinique de l’Ormeau-Centre est née de la fusion entre trois anciennes cliniques. Dans l’hôpital public, les Groupements Hospitaliers de Territoire s’inscrivent dans la même logique. La grève a permis que les salariés s’expriment. Désormais, il est nécessaire que nous repartions tous ensemble sur des bases plus saines ».

A la sortie de l’assemblée générale qui a voté la fin de la grève, mardi midi, une infirmière, Sandra confie son soulagement. « C’est une bonne nouvelle pour nous toutes, car nous commencions vraiment à être fatiguées. La direction voulait manifestement que l’on reprenne le travail, et elle a accepté nos dernières demandes. Nous avons toutes pleuré d’émotion. C’est une lutte exemplaire. On a tenu le coup, car on se battait pour des valeurs humaines et contre la marchandisation de la santé. Je pense que les gens ont compris que nous luttions pour eux, et pour la qualité des soins. J’appréhende un peu la reprise et la réaction des patients dont les rendez-vous ont été reportés, bien sûr. Mais nous sommes fières d’avoir fait cette grève. Nous sommes soulagées aussi, pour nous, et pour les patients qui vont pouvoir à nouveau se faire opérer. C’est un espoir pour les autres cliniques. Les grands groupes ne vont plus pouvoir continuer à exploiter les salariés. Cette grève doit sonner comme une alarme pour eux : ils devront se montrer davantage attentifs à leur personnel dans l’avenir ! ».

Jean-François Courtille