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TPR : Marc Dantin se livre*

mardi 10 janvier 2017 par Rédaction

Marc Dantin, en public, est plutôt du genre introverti, qui ne se livre jamais, qui mesure toutes ses paroles en interview, ce qui s’apparente souvent à de la langue de bois. Son refus de communiquer sur les compositions d’équipes ou l’état des blessés, « pour ne pas donner d’informations aux adversaires » horripile la presse et les supporters. Mais tout le monde respecte son autoritarisme. D’où une impression, pour ceux qui ne le connaissent pas, d’un personnage, autoritaire et renfermé. Perfectionniste dans l’âme, l’approximation l’horripile et explique ses coups de gueule. Passionné, il vit le rugby à 100%, 24h/24h et il est renfrogné quand il est en immersion rugbystique. « Je suis dans ma bulle » confie-t-il. Sur le bord de touche, pendant les matchs, il est intenable et agaçant. Mais c’est aussi un être charmant qui aime rigoler, faire des blagues, quand il se sent aimé et en confiance. Au cours de cette interview, après des propos plutôt laconiques, comme à son habitude, Marc Dantin se livre et laisse percer des facettes d’une personnalité attachante.

*Longue interview, réalisée avant la connaissance de l’interdiction de remontée en Pro D2

Un bilan mitigé

Malgré une équipe reconstruite à 80% et en manque de repères, le TPR avait bien démarré avec deux victoires, une à Saint-Nazaire et une bonifiée à Trélut contre Aubenas. Puis le TPR a trébuché de peu à Limoges, lourdement à Auch et sur le fil contre Nevers à Trélut. Une défaite à domicile que les Tarbais traînent comme un boulet. Mais ce qui est rageant ou encourageant, c’est selon, c’est que Tarbes a perdu 8 points dans le temps additionnel (2 à Chambéry et 3 contre Limoges et Nevers). L’autre boulet que traîne le TPR, c’est sa défaite à Romans où Chambéry et Auch se sont imposés et où Aix, Massy, Nevers et Bourg-en-Bresse peuvent aller chercher des points.

Marc Dantin confirme cette analyse « Le bilan est mitigé, parce qu’il y a eu beaucoup de travail effectué mais le résultat, en terme de points n’est pas satisfaisant. Il faut absolument qu’on réussisse notre mois de janvier pour entrer dans les clous et récompenser les efforts des dirigeants, des joueurs et du staff. Il faut qu’on soit plus efficace car on perd des matchs, sur la seconde mi-temps, à Limoges, contre Nevers et à Chambéry où on concède le nul tout à la fin. Si on en avait engrangé au moins un, on serait beaucoup mieux. C’est pour cela que ce n’est pas catastrophique mais il faut être conscient de la situation. Il n’y a plus de temps à perdre et il faut prendre les choses en main et être très déterminés. » 

Optimiser l’effectif

Côté recrutement Marc Dantin n’éprouve aucun regret compte tenu des circonstances. « On a fait ce que l’on a pu et on a fait au mieux. On a l’effectif que l’on a. Ce sont de bons gars, ça bosse mais il faut qu’on mouille encore plus le maillot. Il ne faut plus se chercher d’excuses dans des histoires de recrutement ou de blessures, sinon on va pleurer toute l’année. Ce n’est pas le but et ce n’est pas trop la marque de fabrique des Bigourdans. C’est donc à nous d’optimiser notre effectif et de bien travailler pour aller chercher ce que l’on souhaite. »

« Manque de vécu et de constance »

« Ce qui manque à ce groupe c’est du vécu. On a construit, on a fait beaucoup de matchs de préparation pour donner du temps de jeu et intégrer les jeunes. Ce qui paye puisque des garçons comme Alexandre Sevestre, qui ne s’entraînait jamais avec les pros l’année dernière, Théo Béziat qui a beaucoup matché cette année, tout comme Marius Antonescu, Benoit Duny, Alexis Armary, Julien Latisnère, Mathieu Berbizier, Jérôme Cabanne. Le fait de s’être entraîné tous ensemble a permis à ces garçons de s’affirmer et d’avoir du temps de jeu. Il nous manque surtout de la constance. De la constance dans les résultats et de la constance dans le contenu des matchs. Tout cela passe par de la confiance et par beaucoup de travail. Je pensais qu’on était sur une très bonne voie après les trois matchs : Massy, Chambéry et Bourg-en-Bresse mais il y a eu un coup d’arrêt à Romans, qu’on explique comme on veut. Après Aix, ce n’est pas une jolie victoire mais elle fait du bien à la tête et le match à rejouer à Chambéry nous fait du bien, dans l’état d’esprit, même si c’était pénible à rejouer. On avait besoin d’aller combattre tous ensemble et on l’a bien fait. C’est dommage qu’on ne ramène pas la victoire qui aurait pu être méritée mais il faut respecter l’adversaire aussi. »

« Une plaie encore ouverte »

Quand on insiste et qu’on avance la disparition tragique d’Isireli Temo, comme explication à la défaite à Valence contre Romans, l’émotion est évidente : « C’est un drame humain, pour sa famille en priorité. Pour nous, c’est une blessure profonde et on remercie tous ceux qui nous ont soutenu et qui ont été proches de nous dans ces moments difficiles. » Mais le coach tarbais refuse d’en faire une excuse : « C’est dans les moments difficiles qu’ont doit être grand. Nous, on l’a été, au niveau du groupe, dans la façon de le vivre. D’être tous ensemble pour nous rapprocher de sa famille mais on ne l’a pas été au niveau sportif à Romans. » Et Marc Dantin d’insister sur cette défaite qui, apparemment, lui est restée en travers de la gorge car elle met en danger la qualification tarbaise. « Les raisons sont multiples et il n’y a pas que le décès d’Isireli, qui serait une excuse que je n’ai pas envie d’avancer. » Une disparition qui a traumatisé les joueurs, qui venaient déjà de perdre Jérôme Flous, le Directeur du Centre de Formation dont sont issus plusieurs joueurs de l’équipe première, dont les ’’anciens’’ Domec et Rubio... Mais au delà d’un joueur attachant, le club a aussi perdu un pilier dans un secteur sensible. Ce dont convient très ému le coach tarbais. « C’est vrai, il y a d’abord le drame de la perte humaine qui est une plaie encore ouverte. Mais, par rapport à l’effectif, c’est une grosse perte car on comptait sur ce joueur. Pour ma part, en tant qu’entraîneur et éducateur, mon objectif, c’est de finir la saison à plus qu’on ne l’a commencée ou au moins au même nombre. Perdre quelqu’un pour de bon, c’est affreux... »

Une première ligne qui s’étoffe malgré tout

Jusqu’à présent Brison et Dadunasvhili ont tenu la baraque mais les risques de blessures et cartons, au vu de la multiplication des matchs, augmentent. Heureusement Koberidze est bien revenu de blessure et les jeunes Sevestre et Duny assurent de bonnes rotations. Marc Dantin compte aussi sur Jambaque qui, en plus des blessures, n’a pas le statut pro et ne participe pas à tous les entraînements. L’entraîneur bigourdan espère aussi le retour en forme de George Amosa, qui est arrivé en cours de forme et en gros surpoids. Pour l’instant le pilier Australo-samoan (24 ans, 1,83 m, 135 kg) se remet en forme avec l’équipe réserve et le jeune Bude est en réserve dans les deux sens du mot.

« On est capable d’avoir un jeu complet »

Marc Dantin a accepté de revenir sur les quatre défaites tarbaises qui ont toutes un goût différent. « A Limoges, on fait une superbe première mi-temps. On est devant au score et ils reviennent dans le match après le coaching alors que nous, on n’est pas, à cette époque, en situation de bien coacher. On était un peu dans le dur au niveau de l’effectif. On n’est pas bon non plus dans le money-time où on manque de maîtrise. C’est un peu le même scénario contre Nevers et il faut absolument qu’on soit capable de gagner ces matchs là, où on est devant au score. C’est dommage, car on avait fait deux très belles premières mi-temps. » La défaite à Auch irrite Marc Dantin, non pas par son ampleur, mais par le non respect des consignes de jeu : « On base notre jeu sur l’alternance mais quand une équipe doute et ne maîtrise pas encore son rugby, elle s’enferme dans du jeu d’impact et de passage au sol. Ce n’est pas ce qu’on travaille à l’entraînement et sur ce plan là, j’ai été plutôt agacé parce qu’on donne une image qui n’est pas celle qu’on travaille à l’entraînement. A nous de mettre en place le jeu basé sur l’alternance parce qu’on est capable d’avoir un rugby complet. »

« Etre très exigeant et ambitieux »

Tout le contraire de l’image que véhicule Marc Dantin dont beaucoup lui reproche de pratiquer surtout un jeu d’avants. Une réflexion qui blesse visiblement le coach bigourdan. « Quand on est Champion de France avec Lannemezan, avec 450 000 € de budget, on a une grosse mêlée mais à la fin des phases finales, on termine deuxième attaque ! Dans les phases finales, on a un peu réduit la voilure car en face, ça courrait plus vite que nous ! Avec Périgueux, on était aussi seconde attaque avec 90 essais ! On crée le système de jeu avec l’effectif qu’on a et on joue pour optimiser la performance avec cet effectif. Actuellement, on a des points forts mais aussi des manques dans notre équipe et on essaie avec Mika (Etcheverria) et le staff, d’être le plus complet possible. Après, il faut aussi être efficace. » Sans chercher des excuses Marc Dantin rappelle que le vécu est indispensable. « Tout le monde comprend qu’on est parti de rien, qu’on a connu des problèmes de recrutement et de blessures mais il ne faut pas oublier que les équipes qu’on rencontre ont un vécu. Mais c’est à nous, d’aller y chercher une grosse motivation et une grosse détermination. Il faut être très exigeant avec soi, individuellement et collectivement. Sur cette phase retour, je veux que nous soyons très, très, exigeants et ambitieux. L’ambition, ce n’est pas de la prétention et il nous faudra prendre les matchs un par un, plutôt que de faire des plans de points à prendre sur un bloc. » Marc Dantin est convaincu que son équipe a les capacités de bien faire. « On a fait le tour du Championnat, on voit où on est. Maintenant, c’est chaque match, les uns après les autres, le couteau entre les dents et on comptera les points à la fin ».

Formé à l’alternance par Mata, Gajan, Debat et les frères Santamans

A la question préférez vous le rugby des Springboks ou celui des All-Black, la réplique fuse : « J’ai fait un voyage d’études en Nouvelle-Zélande... Vous avez ma réponse ! Par contre, j’adore l’abnégation des Sud-Africains. J’ai été formé à Tarbes par un Monsieur qui s’appelle Robert Mata, qui basait le jeu sur l’alternance. J’ai vécu plusieurs saisons à Blagnac avec les frères Santamans, qui sont des références dans le jeu. J’ai eu Christian Gajan et Claude Debat en sport à Jolimont. Ce sont eux mes modèles. Après, il y a ce qu’on aime faire et ce qu’on peut faire. Quand on a un historique, on peut avoir quelques certitudes et construire dessus mais quand on part de rien on est obligé d’essayer des choses pour les mettre en place. Notre meilleur marqueur d’essais est la mêlée mais les trois-quarts ont aussi marqué. Que ce soit Mika (Etcheverria) ou moi, on ne bride pas les joueurs. Contre Bourg-en-Bresse, sous la pluie et dans un match cadenassé, on marque un bel essai de trois-quarts. Contre Massy, il y a eu beaucoup d’occasions qu’on rate et lors du premier match à Chambéry, on marque trois essais ! Parfois l’important c’est de gagner même si c’est mieux quand il y a la forme. Contre Aix-en-Provence, le match n’était pas joli mais on avait besoin de se remettre la tête à l’endroit ! » Un match où Tarbes s’est procuré les deux plus belles occasions d’essais par Adrien Domec, dont une partie des 22 m, sur une relance de Jean-Baptiste Claverie.

Les leçons de Chambéry

« On est des professionnels, il n’y a pas à discuter » tranche Marc Dantin quand on fait allusion à ce match à rejouer en pleine trêve des Fêtes de fin d’Années. « J’ai trouvé très intéressante la volonté de l’ensemble du club de bien le préparer. Il y a eu un gros investissement des joueurs et du staff mais aussi des dirigeants qui sont venus nombreux nous soutenir. C’est là dessus qu’il faut qu’on construise. Il faut qu’on soit déterminé et qu’on pousse tous ensemble. » Ce match à rejouer à Chambéry, après un non match face à Romans et à un match au couteau contre Aix, a peut-être été un révélateur. « On bosse, on est bien ensemble. On travaille bien, on s’entend bien et l’objectif, c’est d’aller chercher des matchs au couteau. Pour gagner ces matchs, il faut qu’on soit exigeant avec nous et qu’on s’aime pour qu’on ait envie de mouiller le maillot et de s’envoyer. C’est pour cela que ce deuxième match à Chambéry est intéressant à ce niveau. On était dans l’adversité, on a pris des cartons, parce qu’on a fait du combat. On a fait du jeu, on marque un bel essai de trois-quart par Adrien Domec, on a deux belles occasions et Jean-Baptiste Claverie nous amène bien au pied. Tout le monde s’est investi. David Bonnecarrère a fini le match à l’aile, alors que ce n’est pas son poste. Il ne rechigne pas. Il a un super ailier en face et il fait bien son job. C’est ça ,qu’il faut aller chercher ! Ce match, nous a montré que si on s’investit, si on est des guerriers, il y a quelque chose à aller chercher. On était fier à la fin de ce match et on a envie de batailler ensemble. »

Trêve bienvenue

Cette trêve, même raccourcie, est la bienvenue même si elle risque de briser la dynamique qui venait de se remettre en place. « Cela aurait été bien d’enchaîner mais les garçons avaient besoin de souffler. Notamment les garçons qui avaient beaucoup matché. Ces quinze jours ont fait beaucoup de bien. J’ai eu les joueurs au téléphone pour les voeux. Ils étaient contents, ils étaient motivés et avaient hâte de reprendre. » Des vacances dont n’a pas profité totalement Marc Dantin, au grand dam de son épouse et de ses enfants. « Au niveau du staff, ça nous a permis aussi de nous poser. De ne pas être tout le temps dans la compétition, la tête à préparer les matchs. Cela nous a permis de réfléchir, de réorganiser, d’essayer d’optimiser. On va mettre en place de nouvelles manières de travailler, avec les garçons, pour être plus précis et pour les impliquer davantage dans les préparations de matchs. On a besoin d’optimiser. » Passionné de rugby, il en a profité pour préparer pour chaque joueur un programme spécifique selon ses caractéristiques et les points à travailler ou à améliorer. » Une trêve qui va permettre aussi au TPR de récupérer une partie de ses blessés et d’attaquer la reprise où les mots d’ordre seront : « Exigence, Ambition avec l’Etat d’Esprit de Chambéry ».

La fausse réputation

Marc Dantin traîne la réputation d’un entraîneur hégémonique qui décide de tout et rebute les autres entraîneurs à travailler avec lui. Alors que c’est tout le contraire. C’est un entraîneur qui délègue. « On m’a désigné entraîneur en chef mais je considère qu’on est un staff où chacun doit avoir un rôle et surtout être garant de son rôle. Mikaël Etcheverria est responsable des trois-quarts et c’est lui qui a la totale charge de la composition des trois-quarts. Comme David Bentayou l’était à Bagnères et comme David Lacoste à Périgueux. C’est difficile de tout gérer soi-même dans une saison et en plus si tout le monde n’est pas investi ou responsabilisé, à un moment donné, on le paye. ! » Sa conception de fonctionner est comme celle du jeu : « C’est très important, quand on est un binome. Mika a son autorité et on alterne au niveau de l’autorité, comme on aimerait qu’on alterne au niveau du jeu. Fabien (Dionèse) est responsable de la préparation physique. C’est son domaine et c’est lui qui est garant de ça. Ensuite sur la composition d’équipe, je suis responsable des avants et Mika des trois-quarts. On échange, on discute, mais je n’ai jamais changé un joueur dans la composition de Mika. C’est évident pour moi ! Les entraîneurs doivent être entraînants. Si on ne leur donne pas la confiance, si c’est plus du stress que la pression, ça devient négatif. »

« Je crois beaucoup à la concurrence »

Même conception au niveau du jeu où les joueurs peuvent prendre des initiatives. « Regardez le petit Berbizier jouer pour voir si on le bride... Moi je suis plus en colère à Auch, où on n’a fait que taper comme des bourrins, plutôt que de mettre de l’alternance, comme on l’avait demandé par rapport au plan de jeu qu’on avait mis en place. » On parle souvent des chouchous de l’entraîneur, ces joueurs qui l’ont suivi dans l’aventure tarbaise et qui se feraient tuer pour lui sur un terrain si on l’agressait. A l’instar de Dadunasvihli ou d’Havea qui le suivraient en enfer. Malgré son énorme affectif pour ses joueurs, Marc Dantin privilégie là aussi l’alternance. « Ce qui est très important pour cette reprise, c’est le retour des blessés. Je crois beaucoup dans la concurrence. On travaille depuis plusieurs semaines pour avoir des postes triplés et il y a des postes où on va ouvrir la concurrence. On va passer, d’un pilier à droite, à quatre piliers et de quatre à sept troisième ligne qui sont le poumon d’une équipe. Toutes ces choses doivent nous permettre d’optimiser et d’être encore plus forts à la reprise ».

Jean-Jacques Lasserre