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Les demandeurs d’asile et leurs associations de soutien brièvement accueillis à la cathédrale

vendredi 2 décembre 2016 par Rédaction

Un groupe de demandeurs d’asile a été brièvement accueilli dans une chapelle de la cathédrale de Tarbes jeudi soir, avec les associations venues le soutenir. Un rassemblement avait au préalable réuni plus de 200 personnes devant la préfecture, à l’initiative du Réseau Education Sans Frontières, avec l’appui de la Cimade et de l’association lourdaise Trait d’Union-Asile. Les manifestants voulaient attirer l’attention des pouvoirs publics sur la situation de 25 demandeurs d’asile sans domicile fixe, dont deux familles. La préfecture a finalement trouvé une solution provisoire d’hébergement, en lien avec la Croix Rouge, à Lourdes et à Tarbes.

Spectacle insolite jeudi soir devant la cathédrale de Tarbes. Un groupe de demandeurs d’asile et leurs associations de soutien attendent la fin de la messe pour entrer dans le lieu sacré, avec l’accord bienveillant du curé de la paroisse, le père Saint-Martin. Ils viennent solliciter un hébergement pour la nuit, après l’aveu d’impuissance exprimé par la préfecture aux associations qui les accompagnent : le Réseau Education Sans Frontières, la Cimade et le Trait d’Union-Asile. Dans la chapelle de la cathédrale, le père Saint-Martin dialogue avec Jean-Louis Imbert, coordinateur de RESF, et un autre responsable de l’association. Il propose d’accueillir pour la nuit les 25 demandeurs d’asile, dont deux familles, dans les locaux chauffés de l’Evêché, en face de la cathédrale. Une assemblée générale s’improvise alors dans la chapelle, où certains manifestants entrent pour la première fois de leur vie.

Alors que la discussion s’oriente sur la nécessité ou non d’occuper les lieux, Jean-Louis Imbert reçoit un appel de la préfecture, qui a trouvé une solution. Les deux familles de demandeurs d’asile seront logées à titre provisoire dans un hôtel de Lourdes en lien avec la Croix Rouge. L’association prendra aussi en charge l’hébergement des demandeurs isolés sur Tarbes. Même si le problème de fond n’est pas réglé de manière durable, les 25 personnes échapperont pour une nuit au froid glacial qui enveloppe les Hautes-Pyrénées en ce début du mois de décembre.  « Nous resterons vigilants concernant la situation de ces demandeurs d’asile et de ceux qui pourraient encore arriver dans les prochaines semaines », assure Philippe Braconnier, un autre responsable du Réseau Education Sans Frontières. « Nous estimons que l’Etat doit être capable de prendre en charge ces personnes, en attendant que leur demande d’asile soit étudiée ».

Dans la foule des personnes présentes ce soir-là, une famille avec deux enfants est accompagnée par un couple membre de RESF 65 et une interprète de la Cimade. Susanna et Vage, deux trentenaires d’origine russo-arménienne, sont accueillis depuis quinze jours avec leurs enfants Akop et Néomie, âgés de 8 et 6 ans, par Anne et Didier, un couple de Trébons. « Nous avons quitté la Russie avec deux sacs de voyage et nos papiers d’identité, parce que la mafia voulait tuer nos enfants », confient les deux jeunes gens, dont les propos sont traduits par Marie-Claire, qui parle la langue russe. Susanna était designer et Vage chauffeur de taxi. Ils menaient une vie confortable dans une grande ville de Russie. « La mafia a enlevé et séquestré Vage pendant trois jours. Il a été tabassé. Quand il est revenu, notre petite fille était effrayée de voir l’état de son père. Nous avons décidé de fuir le plus vite possible pour protéger nos enfants », raconte Susanna, une jolie brune aux yeux sombres chargés de mélancolie. La famille prend alors la route de l’Ukraine, avec l’aide d’un réseau de passeurs. Elle traverse l’Europe en voiture, changeant plusieurs fois de chauffeur, avant d’arriver à Tarbes le 3 novembre 2016. « Nous avons d’abord été hébergés pendant trois nuits à Lannemezan par une famille arménienne installée en France, qui avait été sollicitée par la Cimade. Mais le 7 novembre, nous nous sommes retrouvés à la gare de Tarbes, et nous aurions passé la nuit dehors, si la Croix Rouge ne nous avait pas fait héberger dans un hôtel. Puis, le Réseau Education Sans Frontières nous a contactés. Une famille a accepté de nous héberger. A partir de ce moment-là, nos enfants ont cessé de pleurer ».


Anne et Didier étaient déjà en lien depuis plusieurs mois avec le Réseau Education Sans Frontières. « Nous avons accepté de les héberger pour cinq ou six nuits, car nous avons une maison spacieuse. Et puis, nous avons tissé une vraie relation avec ces personnes. Leur rencontre nous a secoués. Alors, nous avons décidé de les garder pendant 15 jours. Ils ont commencé à apprendre la langue française avec nous, une dizaine de mots par jour. Nous partons en voyage pour trois mois, mais une autre famille prendra le relais. A notre retour, nous allons réfléchir à une manière de soutenir l’accueil des primo-arrivants ».

Pour l’instant, Susanna, Vage et leurs enfants attendent leur rendez-vous du 29 décembre 2016 à la préfecture de Toulouse. Ils ne bénéficient d’aucune aide financière, et doivent compter sur la générosité des militants de RESF ou de la Cimade. Après le dépôt de leur dossier dans la ville rose, l’OFPRA étudiera leur situation pour décider de leur sort. Mais ils sont remplis d’espoir. « Nous demandons la protection de la France, pour pouvoir prendre un nouveau départ avec nos enfants, loin de la mafia russe ».

Jean-François Courtille