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La fronde sociale des agents territoriaux du Département des Hautes-Pyrénées

jeudi 6 octobre 2016 par Rédaction

Plus de 110 agents territoriaux ont accompagné mardi après-midi trois élus de la CGT qui devaient rencontrer la Direction des Services et la DRH du Département des Hautes-Pyrénées. Ils rejettent le nouveau protocole d’organisation du temps de travail proposé par la Direction, avec à la clé, la suppression de 10 jours de congés par an. Ils dénoncent aussi la dégradation de leurs conditions de travail et un manque de respect de la part de leur hiérarchie.

Une assemblée générale improvisée se déroule dans la salle de délibération du Conseil Départemental des Hautes-Pyrénées, ce mardi 4 octobre 2016. Malgré la climatisation, l’ambiance est surchauffée, car la colère gronde parmi les agents territoriaux. Ils se concertent avant la rencontre prévue entre trois élus de la CGT, Marie-Jo, Cécile et Didier, et les Directions des Services et des Ressources Humaines. L’objet de leur mobilisation : le rejet du nouveau protocole d’organisation du temps de travail proposé par la Direction, et destiné à être mis en place le 1er janvier 2017. A la clé, un temps de travail annuel maximum de 1607 heures, qui se traduirait par la suppression de dix jours de congés ou de RTT. Une décision justifiée par le Président Michel Pélieu en référence à un rapport de la Cour Régionale des Comptes.

Les manifestants votent à la majorité pour mandater leurs trois élus dans le sens d’un rejet du protocole. Ils envisagent aussi de rendre leurs cartes de pointage, en signe de protestation. Certains d’entre eux rappellent que, dans le Gers, le Président du Département n’a pas jugé utile de modifier l’ancien protocole d’accord du temps de travail. Les manifestants accompagnent leurs trois collègues dans les couloirs de l’Hôtel du Département. Les élus de la CGT rencontrent pendant près d’une heure Chantal Bayet, Directrice Générale des Services, Pascal Saurel, Directeur Général adjoint et Séverine Brisé, Directrice des Ressources Humaines. Dans le couloir, les manifestants attendent le retour de la délégation, en clamant de temps à autres : « le protocole, on n’en veut pas ! ».

Derrière ce mouvement social, en apparence obscur, se cache un vrai malaise professionnel. Florence et Laurie travaillent au sein de la Direction Départementale de la Solidarité. « Nous observons une dégradation de la qualité des services, en raison du non remplacement des départs à la retraite, et de la hausse de notre charge de travail ». Les deux jeunes femmes ont aussi été « blessées par le manque de respect vis-à-vis des agents territoriaux. Pourtant, nous accomplissons un travail de qualité et nous nous battons pour des valeurs humanistes. Au-delà de la discussion sur le temps de travail, c’est la manière dont la négociation s’est déroulée qui nous a choquées ». Eric et Christian font partie du service des routes. « Nous ne voyons pas pour quelle raison il nous faudrait travailler plus sans gagner davantage. C’est déjà suffisamment difficile aujourd’hui. Quand nous avons des collègues en arrêt maladie, on nous dit ‘débrouillez-vous’. Nous n’avons jamais de renforts. Du coup, nous devons réaliser des astreintes supplémentaires ». Les deux hommes pointent les conséquences de cette surcharge de travail sur l’entretien du réseau routier. « Nous n’avons pas assez de temps pour intervenir partout où ce serait nécessaire. L’enrobé de certaines routes n’a pas été refait depuis longtemps. Sur certains tronçons, les glissières de sécurité ou les panneaux de signalisation ne sont pas redressés. Et encore, nous avons la chance de ne pas avoir connu un long hiver rigoureux ces dernières années ». L’un des agents confie avoir travaillé jusqu’à 104 heures sur une période d’astreinte de dix jours. Les manifestants décèlent, à travers ces constats alarmants, une volonté cachée de s’attaquer au service public. « Nous pensons que c’est le deuxième volet qui suit l’adoption de la loi El Khomri ».

Quand les trois élus de la CGT sortent de leur réunion, ils proposent une nouvelle assemblée générale à leurs collègues. « La direction nous a affirmé que le protocole des 1607 heures ne serait pas remis en question. Elle nous a aussi précisé que les personnes qui rendraient leurs cartes de pointage ne bénéficieraient plus des tickets restaurants ! ». Un débat s’instaure entre les manifestants. Après un vote à main levée, il est décidé de proposer aux agents territoriaux de garder leurs cartes de pointage, mais de ne plus « badger ». Le recours à un avocat ou à un conseil juridique est aussi envisagé. Les manifestants quittent la salle de délibération du Département. Interrogé sur le contenu de la réunion entre les élus de la CGT et la Direction des Ressources Humaines, Olivier Guyonneau, Directeur de cabinet du Président Michel Pélieu, évoque « une rencontre d’échange et de clarification ». Il constate le désaccord persistant entre les représentants du syndicat et la Direction. Et il affirme qu’au 1er janvier 2017, suivant le souhait exprimé par Michel Pélieu, « le protocole sur les 1607 heures de travail annuel sera mis en place, en conformité avec le cadre légal ». Les agents territoriaux qui ont manifesté mardi après-midi envisagent désormais de nouvelles actions au cours des prochaines semaines, pour tenter d’obtenir gain de cause. Mais quelle que soit l’issue du conflit, le malaise professionnel des agents territoriaux du Département est désormais visible.

Jean-François Courtille