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Grands projets inutiles, imposés, nuisibles, en débat

samedi 16 juillet 2016 par Rédaction

Une soirée consacrée aux « Grands Projets Inutiles, Imposés et Nuisibles » a été organisée lundi soir par les associations « Notre-Dame des Landes Hautes-Pyrénées » (NDDL 65) et « Actival » à la Bourse du Travail de Tarbes. Cent personnes ont participé à cette initiative, et assisté à la projection du film « L’intérêt général et moi », puis au débat avec l’un des deux réalisateurs, Julien Milanesi.

Aéroport Notre-Dame des Landes. Autoroute Pau-Langon. Ligne à Grande Vitesse du Sud-Ouest. Traversée Centrale des Pyrénées. Liaison ferroviaire LGV Lyon -Turin par le Val de Susa. Cinq des projets évoqués lors de la soirée consacrée lundi dernier aux « Grands Projets Inutiles, Imposés et Nuisibles », selon l’expression utilisée par les associations organisatrices, NDDL 65 et Actival. Cent personnes ont participé à cette soirée citoyenne, qui a débuté par un repas convivial en plein air, animé par le groupe de rock occitan Artùs, sur l’espace de l’amphithéâtre de verdure, à l’extérieur de la Bourse du Travail de Tarbes. Puis, les participants se sont regroupés dans la salle de conférences de la Bourse, pour y assister à la projection du film de Sophie Metrich et Julien Milanesi, « L’intérêt général et moi ». Ensuite, un long débat a eu lieu, entre le public et l’un des deux co-réalisateurs, Julien Milanesi, économiste et maître de conférences à l’université de Toulouse.

Le film documentaire « L’intérêt général et moi » est construit sur une alternance d’interviews, de reportages, d’archives audio-visuelles et d’animations. Entre chaque séquence, deux danseurs, Sébastien Dumont et Géraldine Borghi, miment la souffrance et la révolte des personnes spoliées par les grands chantiers. La musique et les paroles du groupe Artùs accompagnent leur prestation saisissante. Au fil des minutes, défilent les visages des personnes qui se sont impliquées dans les luttes collectives contre l’autoroute Pau-Langon, l’aéroport Notre-Dame des Landes et la Ligne à Grande Vitesse du Sud-Ouest. Toutes expriment la souffrance vécue face à une spoliation inéluctable, et face à la disparition de leur environnement familier. Elles confient aussi leur incompréhension devant le « mépris » affiché selon elles par les élus locaux et les autorités publiques. Et elles contestent l’idéologie du progrès qui sous-tend ces grands projets. « Ici, on est connectés avec la nature, c’est un autre rapport au monde », assure l’un des témoins. « Le progrès, pour nous, c’est la qualité de la vie ! ». Devant le rouleau compresseur des chantiers, ces personnes décident de s’organiser pour tenter de résister. « Notre carte, c’est celle de la citoyenneté », clame Victor Vachon, responsable de l’une des associations en lutte dans le Sud-Ouest. Le film donne aussi la parole à des élus locaux qui soutiennent ces fameux projets, comme Alain Vidalies, le futur ministre des transports, ou Geneviève Darrieussecq, maire de Mont-de-Marsan. Il montre les images d’archives des anciens présidents français vantant l’aménagement du territoire. Lors d’une séquence émouvante, une voix lit l’arrêté préfectoral autorisant une société autoroutière à détruire toutes les espèces animales résidant sur le site d’un futur chantier. Trois journalistes, membres des rédactions de Sud-Ouest, Reporterre et Mediapart, évoquent aussi l’opacité des dossiers concernant ces grands chantiers, et le déficit démocratique dans les enquêtes préalables à ces projets. Le point de vue nuancé d’un haut fonctionnaire apporte un éclairage supplémentaire au spectateur. Il estime qu’à ce jour, l’aménagement du territoire français, en matière de route, de voies ferrées et d’autoroute, peut être considéré comme achevé. Le film est chaleureusement applaudi par le public de la Bourse du Travail à la fin de la projection.

Le débat est ensuite lancé par Sylvie Ferrer, responsable de l’association Notre-Dame des Landes 65, et par Bernard Lembeye, responsable de l’association Actival, qui organisent cette soirée. Deux des musiciens d’Artus sont présents, ainsi que l’un des réalisateurs du film, Julien Milanesi.  « Avec Sophie Metrich, nous avons passé six ans à réaliser ce film, achevé en novembre 2015. Il a été distribué dès le 1er juin 2016, dans 150 villes de France, et il a aussi été projeté dans des lieux symboliques, tels Notre-Dame des Landes », précise Julien. « Nous avons dû effectuer des choix drastiques au montage : le film dure 1h20, et nous avions 120 heures de rushes ! ». De l’aveu du jeune réalisateur, ce projet relève de la « catharsis ». Il a participé pendant quatre ans, dans les Landes, à la lutte contre le projet d’autoroute Pau-Langon. « Donner la parole aux personnes qui se sont impliquées dans ce combat perdu, mais aussi à celles qui luttent aujourd’hui contre des projets du même style : c’est ma manière de surmonter cette souffrance et d’attirer l’attention du grand public sur ces « Grands projets inutiles, imposés et nuisibles ». A l’appui de son affirmation, Julien cite l’exemple de l’autoroute Pau-Langon. « Elle est déjà en déficit, et les contribuables seront amenés un jour à combler sur leurs deniers ce trou financier ! ». Dans le public, plusieurs personnes ont déjà emprunté cette autoroute, quasiment déserte la plupart du temps, et dont le péage est le plus cher de France : 23 euros pour un aller simple !

Les questions et les témoignages fusent parmi les spectateurs. Beaucoup évoquent les problèmes posés par ces grands projets de chantiers. L’absence de respect des populations concernées. La destruction du patrimoine naturel, flore et faune. Le mensonge sur les créations d’emploi : « en réalité, il s’agit surtout de déplacements d’activités », souligne Julien Milanesi, qui parle de « parole magique ». Il cite l’exemple de commerçants d’un village des Landes, qui attendaient avec impatience le passage de l’autoroute, alors qu’aucune sortie n’était prévue pour acheminer les voyageurs vers leur village. Les spectateurs mettent en cause le manque de démocratie dans les prises de décisions concernant les grands projets. Et ils s’interrogent sur la compréhension de la notion d’intérêt général par certains élus locaux. « L’un des maires justifie la construction de l’autoroute en expliquant que cela lui permettra d’aller plus rapidement à Bordeaux. Mais combien de personnes dans sa commune sont réellement concernées par ces déplacements quotidiens ou hebdomadaires ? ». La soirée s’achève par un appel des responsables de NDDL 65 et d’Actival à s’associer au passage de la « Caravane cycliste du Val de Susa Italie ». Après avoir fait étape à Lourdes et à Argelès-Gazost, cette caravane, partie des Alpes, poursuit son parcours dans les Pyrénées, avec une escale à Bayonne.

 Jean-François Courtille