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Robert Kaddouch, musicien et pédagogue

mardi 12 juillet 2016 par Rédaction

Nouveau citoyen d’honneur de la Ville de Tarbes*, Robert Kaddouch nous a accordé une interview il y’a quelques semaines. C’était lors d’une séance de dédicace d’un livre auquel il a participé, « Le pédagogue et le philosophe », à l’espace culturel du centre Méridien d’Ibos. Il explique sa passion pour la musique, notamment le « free jazz », et pour la pédagogie.

Comment est né le projet du livre « Le pédagogue et le philosophe ? »

C’est un ouvrage collectif, dans lequel j’ai écrit un article. Cinq philosophes y apportent leur contribution. Ils échangent autour de mon concept pédagogique : la « conductibilité ». Autrement dit, la communication par la création. Cet ouvrage rend compte d’un colloque organisé il y’a trois ans à l’université de Toulouse Le Mirail. Une journée a été réservée au thème suivant : « Bergson et la pédagogie Kaddouch ». A l’issue de ce colloque, les philosophes ont décidé d’écrire leurs interventions et de les réunir au sein d’un livre collectif, qui a donc été publié par les Editions de l’Harmattan.

Pouvez-vous nous expliquer votre concept pédagogique de « conductibilité » ?

C’est la communication par la création. La conductibilité ne conçoit pas une véritable communication s’il n’y a pas, de part et d’autre, un investissement authentique de sa propre personne. Dans le cadre de la conductibilité, il est important de placer à la même hauteur le maître et l’élève. C’est très difficile, pour ne pas engendrer ce que j’appelle le « syndrome du moniteur de ski ». Le moniteur est beau, skie très bien, il est fort. Alors que l’élève est chétif, ne sait pas skier et tombe toutes les cinq minutes. Il faut montrer à l’élève qu’il sait lui-même faire des choses. Et la conductibilité se décline en plusieurs postures pédagogiques qui permettent à l’élève, enfant ou adulte, de mettre en avant son potentiel et ses forces vives. Il arrive ainsi à se mettre au niveau du maître. Quand il y’a ce phénomène d’échange, « d’homéostasie », on peut commencer à enseigner quelque chose.

Pour vous, est-ce que la musique est le meilleur vecteur pédagogique, pour permettre à des personnes d’arriver à trouver leur voie et à exprimer leur personnalité ?

La musique, chez les jeunes enfants, est un proto-apprentissage. Quand vous apprenez une langue, si vous ne connaissez pas les mots de cette langue, vous ne pouvez pas communiquer. Les élèves, adultes ou enfants, dès le premier cours de piano, à quatre mains avec moi, improvisent et échangent, alors qu’ils n’ont encore rien appris. La musique est l’un de ces rares apprentissages où la personne peut apprendre par elle-même. En situation d’exprimer la musique, tout être humain est capable de trouver son langage, de découvrir ce que j’appelle son « substrat linguistique ». C’est-à-dire un ensemble de mots rythmiques, mélodiques, lui permettant de communiquer avec autrui. C’est un petit peu comme les bébés nageurs. On les lance dans l’eau, ils trouvent en eux-mêmes les ressources pour pouvoir développer leur potentiel de nage. Il en est ainsi pour la musique.

Vous êtes un passionné de « free jazz ». Qu’est-ce qui vous attire dans cette forme musicale ?

Je pratique le free jazz, notamment dans mon dernier disque, enregistré à New York en duo avec Gary Peacock, « High line ». J’aime toutes les musiques, les « belles musiques », celles qui me plaisent, c’est un parti-pris. Mais je n’ai aucun frein. J’adore par exemple la musique baroque. Si j’ai l’occasion de jouer du Haendel, je le jouerai avec autant de force que le free jazz. Je fais ce qui me plaît à certains moments, car cela répond à des nécessités d’expression. Je n’ai aucune barrière par rapport à mon expression musicale.

Quels sont vos projets ?

Je suis un amoureux de la voix. J’écoute énormément de vocalistes. J’aime les improvisateurs vocaux et les improvisatrices vocales. L’une des voix qui me plaît beaucoup est celle d’Anne Ducros, la vocaliste de jazz. Je l’ai rencontrée récemment. Nous avons sympathisé et nous avons beaucoup travaillé ensemble. Nous nous sommes produits le 17 juin à Paris, pour la sortie du disque « High line ». J’espère que ce premier concert a marqué le début d’une longue coopération …

Propos recueillis par Jean-François Courtille

« Le pédagogue et le philosophe » est publié aux Editions de l’Harmattan. « High Line » est diffusé par le label Odradek Jazz.

* Robert Kaddouch, qui sera donc fait citoyen d’honneur de la Ville de Tarbes ce mardi soir