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Hommage aux 4 gendarmes tués dans le crash de l’hélicoptère

jeudi 26 mai 2016 par Rédaction

Le discours de Bernard Cazeneuve

 

Monsieur le Ministre, cher Jean Glavany,

Madame la Préfète,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Monsieur le Maire,

Monsieur le Directeur général de la Gendarmerie nationale, Mon Général,

Monsieur le Commandant des forces aériennes de la gendarmerie, Mon Général,

Monsieur le commandant de la région de gendarmerie Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Mon Général,

Messieurs les officiers, sous-officiers et gendarmes adjoints volontaires du détachement aérien de la Gendarmerie de Tarbes et du peloton de Gendarmerie de haute-montagne de Pierrefitte-Nestalas,

Mesdames et Messieurs,

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Vendredi 20 mai, peu avant midi, sous le ciel cristallin des Hautes-Pyrénées, la tragédie s’est produite.

Quatre gendarmes, quatre hommes d’exception, ont péri, à Cauterets, dans le crash de l’hélicoptère à bord duquel ils avaient pris place dans le cadre d’une mission de préparation opérationnelle.

C’était là leur quotidien. Répéter les gestes techniques. Reproduire au plus près les situations réelles auxquelles l’unité sera inévitablement confrontée. Se préparer de façon continue, soutenue, physiquement, mentalement. Se préparer ensemble, unis par la fraternité d’armes – équipage, secouristes, médecins – pour parvenir à une parfaite maîtrise technique. Ne laisser aucune place au hasard, ni à l’improvisation dans des lieux marqués par leur hostilité naturelle et leur inaccessibilité.

Dans le métier hautement technique du secours en montagne, l’opération de secours n’intervient qu’au terme de longs efforts, d’un rude apprentissage. Être prêt le moment venu exige en amont un maintien en condition permanent, ainsi que la maîtrise des savoir-faire pour réduire, autant qu’il est possible de le faire, la part d’incertitude inhérente à tout secours. Ainsi, la préparation opérationnelle présente une part de risque comme la mission elle-même, puisqu’elle en est indissociable.

Le lieutenant-colonel Jean-Christophe ROYER, le chef d’escadron Dominique JAMET, les capitaines Christophe CAVAILLES et Lionel LOUSSALEZ-ARTETS avaient fait le choix de ce métier et de cette vie. Avec un héroïsme tranquille, ils acceptaient de prendre les risques qu’entraînait nécessairement leur mission au service des autres. Ils connaissaient mieux que personne les dangers de la montagne, eux qui sont intervenus sur tant d’accidents, eux qui ont accompagné tant de familles après un drame de la montagne, eux qui ont aussi sauvé tant de vies.

Le monde de la montagne sait ce qu’il doit quotidiennement à ces sauveteurs de l’extrême, aux secouristes, aux équipages des hélicoptères. Autant d’hommes et de femmes qui, pour sauver la vie d’autrui, acceptent d’exposer la leur, et peut-être même de la perdre.

Aujourd’hui, c’est toute la Gendarmerie qui est en deuil, mais aussi l’ensemble de la communauté montagnarde et de la communauté aéronautique. Aujourd’hui, c’est toute la Nation qui est en deuil.

Le drame de vendredi a coûté la vie à quatre grands professionnels, quatre personnalités profondément attachantes, quatre serviteurs de la République, quatre pères de famille tendrement aimés par leurs proches.

Mes pensées vont avant tout à leurs familles plongées dans la douleur du deuil. Au nom de la Nation que ces quatre hommes ont servie avec tant de passion, je veux dire à leurs compagnes de vie, aux mères de leurs enfants, toute ma compassion et tout mon soutien dans cette terrible épreuve. Je veux dire à Sylvain (24 ans) et Audrey (19 ans), à Lisa (20 ans), à Alexis et Timothée (15 ans), à Linh (12 ans ½) et Noée (8 ans ½) que jamais nous n’oublierons leurs pères, ces héros. Mes pensées vont aussi vers les parents qui vivent la douloureuse épreuve qu’est la perte d’un enfant, vers les amis et les proches qui ont partagé l’intimité et chéri l’amitié de Jean-Christophe, Dominique, Christophe et Lionel.

Elles vont enfin vers leurs camarades du peloton de Gendarmerie de haute-montagne (PGHM) de Pierrefitte-Nestalas et du détachement aérien de la gendarmerie de Tarbes, ainsi que vers toutes les unités aériennes et de montagne de la Gendarmerie nationale. Dans ces spécialités particulièrement exposées où chacun se connaît, l’on mesure à sa juste valeur ce que sont le courage, l’engagement, le sang-froid et le don de soi. Et chacun d’entre vous sait que les quatre camarades valeureux dont vous portez aujourd’hui le deuil possédaient ces valeurs au plus haut point.

Au nom de la Nation, je suis venu vous exprimer mon soutien dans l’épreuve que vous traversez et saluer la mémoire de ceux qui se sont sacrifiés au service de la République. A l’heure où commence cette cérémonie, nous sommes tous unis dans la douleur. Partout en France, gendarmes et policiers respectent une minute de silence, en hommage à leurs camarades disparus.

Jean-Christophe ROYER avait 49 ans et 28 années de service. Il avait effectué son service militaire au sein de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris, avant de s’engager dans la gendarmerie en 1989. Affecté à la brigade de Neuville-aux-Bois dans le Loiret en 1990, il se porte volontaire en 1995, alors qu’il vient de réussir le diplôme d’officier de police judiciaire, pour rejoindre les forces aériennes de la gendarmerie. Au terme d’une formation exigeante à Dax, il obtient son brevet de pilote d’hélicoptère. Il sert successivement quatre ans à Dijon, quatre ans à Limoges et quatre ans à Ajaccio. Ses grandes qualités professionnelles et humaines font l’unanimité. Il franchit rapidement tous les grades du corps des sous-officiers et, en 2007, il est nommé lieutenant.

Arrivé à Tarbes en 2008, Jean-Christophe ROYER était un pilote rigoureux, très engagé dans son métier et toujours attentif à son équipe. Méticuleux et perfectionniste, il avait un goût marqué pour l’effort, comme il l’avait montré dès sa jeunesse en pratiquant le sport à haut niveau. Il s’apprêtait à rejoindre en août l’île de la Réunion. Il se réjouissait à l’idée d’entamer cette nouvelle étape de sa carrière et de découvrir bientôt cette région magnifique.

Dominique JAMET avait 48 ans et 31 années de service. Il avait débuté sa carrière au sein de l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT), et c’est donc tout naturellement qu’il avait rejoint en 1993, à sa sortie d’école de gendarmerie, les forces aériennes de la gendarmerie, en qualité de gendarme-mécanicien avionique. Dans sa spécialité, il a servi pendant sept années au groupe de soutien technique du Blanc, dans l’Indre, puis trois années à la section aérienne de Cayenne en Guyane, une affectation où les sorties aériennes sont nombreuses et périlleuses. C’est en 2004 qu’il a rejoint le détachement aérien de Tarbes où il s’est rapidement intégré et s’est pleinement engagé dans ses nouvelles missions. Pendant plus de dix ans, il s’est ainsi pleinement consacré aux missions effectuées par le détachement aérien de Tarbes. Au fil des années, il en était devenu un véritable pilier.

Dans le travail comme dans sa vie, il était un homme calme et solide. Un homme en qui l’on pouvait avoir toute confiance et qui arborait en toutes circonstances le sourire clair des gens sereins. Mécanicien habile et ingénieux, il avait, comme on dit, « de l’or dans les doigts ».

Lionel LOUSSALEZ-ARTETS avait 43 ans et 19 années de service. Béarnais de naissance, moniteur de ski, il avait appris très jeune à aimer la montagne. En 1998, à l’issue de sa formation initiale à l’école de gendarmerie de Montluçon, il avait rejoint le Peloton de gendarmerie de haute-montagne de Briançon, où il a accompli un travail en tous points remarquable. Ayant le goût de la performance et la volonté de toujours se dépasser, il ajoutait à ses qualités de skieur chevronné de hautes compétences en alpinisme et en escalade. Ayant obtenu le diplôme de guide de haute montagne, repéré en raison de ses qualités pédagogiques et de son attention aux autres, il a été affecté en 2002 au Centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la Gendarmerie où il a transmis sa passion pendant six années. En 2007, il rejoint le peloton de Gendarmerie de haute-montagne de Corte, avant de retrouver, en 2013, ses Pyrénées natales au sein du peloton de Gendarmerie de haute-montagne de Pierrefitte-Nestalas. Fidèle en amitié, charismatique, généreux et attachant, tourné vers le groupe qu’il incite toujours à améliorer ses performances, il savait que l’efficacité du travail dépend de la cohésion de l’équipe. Il était aussi un père attentif pour ses jumeaux, auquel il était heureux d’enseigner la pratique des activités en montagne qu’il avait lui-même découverte alors qu’il était tout jeune.

Christophe CAVAILLES avait 45 ans et 16 années de service. Né dans l’Aude, il avait décidé très jeune de faire des Pyrénées la grande affaire de sa vie. Déterminé, il avait obtenu le diplôme de guide de haute-montagne dans le civil. C’est à 30 ans que ce passionné de montagne avait rejoint la gendarmerie. Ses nombreuses qualifications lui ont permis de rejoindre immédiatement le Peloton de gendarmerie de haute-montagne de Chamonix en 2001, à l’issue de sa formation initiale à Montluçon. Après quatre années de secours en montagne, technicien rigoureux, il met ses qualités pédagogiques au service de tous au Centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la gendarmerie. En 2010, il rejoint à son tour le Peloton de gendarmerie de haute-montagne de Pierrefitte-Nestalas. Perfectionniste, il avait une haute conscience de l’exigence de ses fonctions, de l’obligation de se maintenir en parfaite condition et de la nécessité, pour chaque membre de l’équipe, de toujours savoir se remettre en question. Franc et loyal, il avait une grande force de conviction. Christophe CAVAILLES était aussi un père attentionné, qui s’attachait à consacrer le plus de temps possible à ses deux filles. Il avait à cœur de leur faire partager sa passion de la montagne.

***

Ces quatre hommes étaient tous des passionnés qui partageaient une haute idée de leur métier. Ils avaient aussi en commun une très grande maîtrise technique, la précision des gestes, le sang-froid indispensable à l’analyse des situations les plus périlleuses.

Ils étaient tous de très grands professionnels reconnus et estimés, maintes fois récompensés - 16 lettres de félicitation et 7 témoignages de satisfaction.

Parce qu’ils étaient, comme je l’ai dit, d’anciens instructeurs au Centre national d’instruction au ski et à l’alpinisme de la gendarmerie – où sont formés tous les secouristes en montagne de la gendarmerie, ainsi que nombre de gendarmes affectés dans les brigades de montagne –, Lionel LOUSSALEZ-ARTETS et Christophe CAVAILLES laisseront derrière eux un héritage précieux qui vivra encore longtemps à travers tous leurs jeunes camarades qu’ils auront formés. Christophe et Lionel auront ainsi marqué toute une génération – au moins – de gendarmes-secouristes et, d’une manière générale, de militaires de la gendarmerie de montagne. Secouristes d’exception, ils avaient le souci de la transmission, chacun dans le style qui lui était propre, et pour cela, ils resteront dans la mémoire de toute la communauté des gendarmes de montagne.

Tous les quatre, que leur spécialité fût le secours en montagne ou l’aéronautique, exerçaient des métiers de passion, où l’on a charge d’âmes. Ils le savaient et faisaient preuve de la plus grande rigueur dans l’accomplissement de leurs missions. Ils avaient une claire conscience des responsabilités immenses qui leur incombaient. Les gendarmes qu’ils accompagnaient ou qu’ils formaient, les personnes en détresse qu’ils venaient secourir, le savaient bien : ils étaient de ces êtres à qui l’on n’hésite pas un seul instant à remettre sa vie entre leurs mains, car, d’instinct, l’on éprouve à leur égard une confiance totale.

Leur métier les avait conduits à nouer une relation presque familière avec la mort, notamment sous ses espèces les plus brutales. Comme tous les gens de montagne, ils savaient qu’elle pouvait les frapper à tout instant et que la tragédie était susceptible de surgir au beau milieu des paysages les plus sublimes. A l’instar des grands marins qui disparaissent en mer, tous les quatre nous ont quittés alors qu’ils se trouvaient dans leur élément.

***

Leur disparition représente une lourde perte pour leurs familles et leurs amis. Mais elle représente aussi une lourde perte pour la gendarmerie et pour notre pays.

Oui, c’est une bien triste saison pour la Gendarmerie. Hier encore, à Orange, nous étions rassemblés, avec le même chagrin, pour rendre un dernier hommage au capitaine Alain NICOLAS, tombé samedi dernier, à Gassin, dans le Var, sous les balles d’un forcené.

Ces morts tragiques rappellent à chacun d’entre nous et à chaque Français les exigences qui sont celles de votre métier et la part de risque qui lui est consubstantielle. Quelle que soit la carrière que vous avez choisi d’embrasser, vous avez tous en partage les mêmes qualités de courage, de sang-froid et de dévouement à la République. Chaque jour, vous prenez des risques pour protéger les Français. Cette noble mission, vous l’accomplissez dans des conditions souvent difficiles, que nos concitoyens peinent parfois à imaginer. Pourtant, ils ont conscience des sacrifices que vous accomplissez en leur nom. Ils ont besoin de vous, et ils sont fiers de vous. Ils vous admirent.

La tragédie qui a emporté vos camarades nous rappelle une fois de plus ce que nous devons aux gendarmes et aux policiers. Grâce à eux, grâce à vous, nos lois, nos valeurs et nos libertés ne restent point lettre morte.

En considération de leur brillante carrière, Jean-Christophe ROYER, Dominique JAMET, Christophe CAVAILLES et Lionel LOUSSALEZ-ARTETS ont été respectivement promus aux grades de lieutenant-colonel, chef d’escadron et capitaines. Dans un instant, Jean-Christophe ROYER sera élevé au grade de chevalier de l’Ordre national du Mérite. La médaille militaire sera conférée à Dominique JAMET, Christophe CAVAILLES et Lionel LOUSSALEZ-ARTETS. Ils seront tous cités à l’ordre de la Gendarmerie et décorés de la médaille de la Gendarmerie avec palme.

Aujourd’hui, c’est toute la Nation qui exprime sa profonde gratitude et sa reconnaissance à celles et ceux qui l’ont servie jusqu’au bout. Vos quatre camarades faisaient partie de ces héros. A tout jamais, ils demeureront ensemble dans nos mémoires, car « le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants ».