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Robert Domec : Le départ à la retraite d’un grand serviteur de l’Etat

samedi 19 décembre 2015 par Rédaction


Le corps préfectoral, les chefs de service, tous étaient au grand complet, hier, dans les salons de la préfecture à l’occasion du départ à la retraite de Robert Domec, Directeur des Libertés Publiques et des Collectivités, un des piliers de la préfecture », comme l’a souligné Anne-Gaëlle Baudouin-Clerc. C’est un grand serviteur de l’Etat qui a reçu l’hommage unanime de ses collègues de travail, ponctué par celui des Chanteurs Pyrénéens dont il est aussi une poutre maîtresse. C’est toujours avec un grand plaisir que nous le retrouverons à travers ses nombreuses activités dans le folklore et la tradition de sa chère Bigorre.

L’hommage de la préfète Anne-Gaëlle Baudouin-Clerc

AUDIO

Le discours de Robert Domec

Madame la Préfète,

Mesdames et Messieurs, Chers collègues,

Chers amis,

C’est donc pour moi l’heure de partir, de tourner la page et de changer de paysage, après 41 ans et 10 mois de services civils et militaires qui ont fait de moi, je n’hésite pas à le dire, un fonctionnaire heureux. Oui, c’est peut-être rare de l’entendre, mais j’ai été un fonctionnaire heureux dans l’administration préfectorale de 2 départements, le Gers et les Hautes-Pyrénées, que j’ai servis ardemment, avec passion, engagement et conviction, comme le permet le service de l’Etat qui, malgré l’autorité hiérarchique, laisse cependant à chacun sa liberté de pensée, pour agir, créer, innover, améliorer le service public, apporter de la valeur ajoutée. J’ai le sentiment réel de ne pas avoir été inerte ni passif, d’avoir fait bouger des lignes et je reconnais à tous les agents que j’ai dirigés un grand mérite, celui d’avoir souvent atteint en équipe les meilleurs résultats attendus et nous savons qu’au fil des ans, nous sommes devenus ici, très compétitifs dans notre strate de population.

Pour vous chers collègues, je suis heureux et fier de notre parcours, parfois semé d’embûches, que nous avons souvent pu surmonter. Vous le savez, je ne suis pas éclatant, je suis plus introverti qu’expansif, je suis de couleur muraille, je ne parle jamais de moi, mais je mets cette simplicité et cette humilité au soutien d’une grande détermination que j’ai toujours eue, d’une certaine idée de la France, de la République qui donne sa chance à tous et du service public. J’ai débuté dans l’administration à 25 ans, jacobin, et je le suis de plus fort, au jour de passer le relais. Vous m’avez beaucoup aidé à tous les niveaux et je suis fier de ce que vous êtes, des professionnels. Des professionnels de l’organisation des élections, du contrôle administratif, de l’accueil des usagers de la circulation et de la police des étrangers. J’ai eu grand plaisir à vous diriger, à être attentif aux aléas du quotidien, à vous conduire vers de nombreuses évolutions. J’ai aimé vous écouter, vous entraîner et vous transformer en vrais professionnels de vos secteurs, grâce à vos ressources humaines dont je me suis attaché à ce qu’elles puissent s’exprimer pour votre bien, pour l’administration, pour la qualité du service. L’art d’un cadre se résume toujours à celui de savoir manager, valoriser les ressources humaines et j’ai toujours dit que la réussite était la votre et que l’échec était le mien. Merci à vous tous pour votre engagement, à mon assistante et à l’équipe des cadres avec laquelle j’ai constamment partagé en tête à tête les affres des montagnes à gravir, la conduite à tenir et le partage possible des résultats. Vous avez été fidèles, loyaux et compétents. Merci. Au moment de mon départ, j’espère que je vous lègue une image d’homme debout et droit, selon ma devise gravée sur mon makhila qui m’accompagne sur tous les chemins. Debout et droit, j’ai toujours essayé de l’être.

Madame la Préfète, je vous remercie de vos propos dont je ne mérite sans doute pas tous les compliments. J’ai fait mon devoir, tout simplement, un devoir dû, certes, mais que je me suis aussi imposé, exigeant, allant souvent au-delà de ce qui était demandé parce que je suis un peu perfectionniste pour apporter autant que possible de la valeur ajoutée, car ce devoir était pour moi un plaisir presque désintéressé, celui de servir l’Etat à la hauteur des frissons tricolores qui me poussent. Je suis né ainsi. L’école de la République a été mon ascenseur social, à la force du mérite dans l’égalité des chances. C’est pour cela que je suis un ardent défenseur des valeurs de la fonction publique d’Etat, si décriée, mais si nécessaire à notre pays.

Dans cette administration préfectorale qui a été le cœur de ma vie, j’ai connu en 38 ans de Préfecture, 20 Préfets et 18 Secrétaires généraux qui, je crois, m’ont honoré de leur confiance dans laquelle je me suis épanoui, à l’ombre de ces feuilles de chênes de l’autorité et de ces feuilles d’olivier de la paix. J’ai fait mon possible pour contribuer à ce qu’elles brillent, qu’elles puissent assurer leurs missions difficiles et complexes, avec des conseils, des fiches, des notes, des lettres et des dossiers documentés, dans le temps imparti. J’ai été formidablement heureux et fier d’être modestement un proche collaborateur du représentant de l’Etat dans le département, un rêve d’inaccessible étoile pour une origine très modeste.

Au-delà des ors et des lumières, ces grands serviteurs de l’Etat sont des hommes et des femmes comme les autres, avec leurs vies personnelles et leurs soucis. Il y a en nous et en moi une certaine fidélité préfectorale qui nous fait retenir les traits de chacun, des anecdotes, et nous suivons le déroulement des carrières avec intérêt sur le Journal Officiel. Je me souviens de tous les Préfets et de leurs actions et résultats. Rassurez-vous, je ne vais pas tous les évoquer, mais 3 d’entre eux me semblent mériter en ce jour, un écho particulier de ma part.

Volontaire, dynamique, grand orateur, maître tacticien, indomptable, infatigable, visionnaire, j’ai survécu à ce Préfet qui pendant 4 ans m’a fait sillonner le département dans tous les coins, toutes les entreprises, la valise de concours financiers toujours prête avec diverses conventions, contrats d’objectifs et autres, à signer sur tous les tréteaux, devant me débrouiller ensuite avec la logistique financière et comptable. Survivre à ce Préfet exigeant, donne de la confiance pour l’avenir. Vous l’avez deviné, on parle encore partout de lui aujourd’hui, j’évoque le Préfet Jean Dussourd avec qui j’ai travaillé si étroitement que j’ai une pensée quasi-filiale complice à son égard. Il me reste de lui des pensées fortes. Par exemple, lorsqu’il était en posture d’écoute et que je me risquais à exprimer un risque juridique dans une action ou un projet : « le droit est l’expression d’une volonté, la mienne » ! Ou bien, « les batailles perdues d’avance sont celles qu’il faut engager avec le plus de détermination parce qu’on peut toujours les gagner ! ». Avec lui, j’ai été à l’extrême sur tous les terrains, comme celui de concevoir la concession de travaux et de services publics du Pic du Midi ou d’écrire en 8 jours, un projet de développement du Grand site de Gavarnie et bien d’autres !

Bien différent était le Préfet Michel Bilaud, très attentif aux ressources humaines et grand développeur, à l’origine des projets Pyrénia et Tarmac. Une grande humanité guidait son action jusqu’à me la recommander, parallèlement à la fermeté, dans certaines politiques régaliennes. Il accordait une grande confiance à ses collaborateurs et me disait que dans certaines circonstances où je le représentais, par exemple à la barre du tribunal administratif lors des premiers référés-liberté dans les procédures concernant les étrangers, je devais être Préfet, adapter la position préfectorale aux informations d’audience et qu’il soutenait par avance, les variations possibles, sans critique de sa part, quel que soit le résultat. J’ai rarement vu autant de confiance et de la latitude laissée à un collaborateur qu’il attendait cependant aux résultats, naturellement.

Volonté et humanité, voilà la synthèse que vous réalisez, Madame la Préfète, et je suis très heureux de terminer ma carrière professionnelle sous votre autorité souriante, mais ferme, engagée, dynamique, inlassable. Vous portez de grandes ambitions pour ce département. C’est normal, l’Etat doit bouger, s’adapter, proposer, réaliser des réformes, et vous avez vite compris... que c’était spontanément mis en œuvre dans ce département... conservateur... Alors, au moment où vous élaborez ce nouveau paysage intercommunal qui m’a valu une activité soutenue ces derniers mois et jusqu’au bout, je veux vous dire que même si vous n’arrivez pas à réaliser tous les objectifs que vous proposez, votre passage dans le département se traduira sur ce point par des avancées considérables qui concrétiseront les visions de plusieurs de vos prédécesseurs. Si je puis me permettre de vous donner un conseil, tenez bon et n’écoutez pas les sirènes ténébreuses qui appellent vite au statu-quo dans ce département ou à l’arrangement avec la loi. La statue de Danton sur la place de l’Hôtel de Ville de Tarbes nous y invite : de l’audace, toujours de l’audace et encore de l’audace ! Comme l’on dit souvent dans certains milieux : ne lâchez rien, on compte sur vous, car nos concitoyens espèrent, attendent des politiques publiques des avancées en termes d’emplois, d’activités économiques et de services, toutes choses d’intérêt général, départemental, dont l’évidence finira bien par inspirer ceux qui doivent encore l’être.

Alors que je suis jeune et fringant comme tout... si, si .... je suis devenu le doyen de ce collège des chefs de services de l’Etat qui est l’armature de l’administration territoriale, sous l’autorité préfectorale. Elle a beaucoup changé cette administration territoriale et il faudra bien une génération de fonctionnaires pour évacuer certains traumatismes des fusions et restructurations, avant de connaître une pleine administration de l’Etat nouvelle, heureuse de son sort. Durant cette carrière de Directeur à la Préfecture, j’aurais connu les actions interministérielles d’abord (de la grande époque), puis les actions régaliennes du Ministère de l’Intérieur et j’ai en particulier toujours été un interlocuteur réceptif aux thèmes de sécurité intérieure et de défense que je partage. Je remercie tous les services de l’Etat pour leurs concours souvent sollicités et je constate au fil des ans, un approfondissement de l’intérêt et de la nécessité du travail interministériel. Il me semble

que plus l’État réduit ses moyens, plus il est solidaire et travaille en réseau. Cette vision de la nouvelle administration territoriale de l’Etat, j’ai la chance de l’avoir reçue à l’époque, dédicacée d’un ancien Secrétaire Général de la Préfecture, aujourd’hui Préfet de la Vendée, Jean-Benoît Albertini, un grand homme aussi, dans le cadre de sa thèse de docteur en droit, qu’il écrivait à l’époque.

Je suis cependant un peu inquiet du fort grossissement des structures régionales, de la réduction des moyens départementaux et de la verticalisation des centres de décisions, de plus en plus comptables.

J’ai donc beaucoup aimé ces missions régaliennes de l’Intérieur avec lesquelles j’ai été en phase et qui m’ont aussi sans doute formaté. Le Ministère de l’Intérieur comporte plusieurs métiers et je voudrais m’écarter des chemins conventionnels en ce moment, Madame la Préfète, pour vous présenter l’originalité de certains fonctionnaires de l’Intérieur que vous ne connaissez pas, mais qui méritent de l’être, car ce sont, au sein des réputés Chanteurs Pyrénéens de Tarbes, les chanteurs de l’Intérieur : Christophe Loertscher (sécurité publique), Michel Leveneur (sécurité civile), et avec moi en Préfecture, la pyramide s’inverse devant leur talent ! Je partage ainsi répétitions, concerts et voyages avec cette formation, et nous donnerons demain soir à l’Eglise Saint-Jean de Tarbes notre concert annuel de Noël que j’aurais plaisir à présenter.

Que faire maintenant à la retraite ? L’ai-je préparée ? Pas du tout ! Madame la Préfète ne m’en a pas laissé le temps ! Disons que j’aborde sereinement cette nouvelle étape qui se termine plutôt mal pour chacun de nous, car j’ai une solide famille, de solides amis et un horizon, un cap à suivre ! Notre pensée est notre réalité. Nous forgeons nous-mêmes notre propre destin. Dès lors, je pense que j’aurai une longue et heureuse retraite, une bonne santé, et ce sera la réalité ! Boga boga, comme dit un chant basque : vogue, vogue, marin sur l’océan ! Ne regarde pas s’éloigner la terre de tes ancêtres, regarde devant, vers la route des Indes !

Après que Dame Préfecture ait occupé mes jours et mes nuits de rêves ou d’insomnies, je souhaite tourner la page du service de l’intérêt général pour me consacrer au développement personnel : retrouver du temps pour la famille, les enfants et les petits-enfants devant qui Dame Préfecture jalousée est souvent passée en premier, et sans doute prendre le temps d’aider utilement un peu ceux qui en ont besoin, dans le cadre d’un service désintéressé. Je souhaite aussi aller au devant de moi-même, à la découverte de ce que l’on a négligé, à la rencontre du soi, vrai et profond.

Je vais donc vers d’autres rives. Le cygne réservé que je suis dans le bestiaire des Chanteurs Pyrénéens glisse vers d’autres eaux, plutôt que de s’éteindre lentement comme dans le carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns.

Que peut-être mon chant du cygne professionnel dans cet adieu aux armes civiles ? Tout simplement vous dire : que vive la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité. Que vive la République qui m’a aidé et porté, de la pauvreté de l’enfance à ce que je suis aujourd’hui. Que vivent vos valeurs, vos valeurs de l’intérieur. Soignez votre engagement, faites pousser des fleurs dans le désert et soyez toujours dans le mouvement positif de l’évolution.

Albert Einstein n’était pas qu’un physicien de génie, mais aussi un philosophe et un penseur spirituel. « La vraie valeur d’un être humain se mesure au degré de la libération de son égo ». Certains en sont près, d’autres en sont plus loin.

Je souhaite rencontrer désormais de plus en plus ces vraies valeurs, cette sagesse que permet l’humilité, cette eau de l’âme qui permet l’épanouissement du cœur. C’est mon chemin vers la lumière.

Adischatz monde, qu’ey eth mie camin ta la luz.

La surprise des Chanteurs Pyrénéens pour leur ami

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