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Le drame des salariés de MG Call à Tarbes

lundi 14 septembre 2015 par Rédaction

Retard dans le versement des salaires, incertitude sur la pérennité de l’entreprise : les salariés de MG Call, la plateforme d’appel de la zone Bastillac à Tarbes, sont partagés entre la colère et l’angoisse.

Ils sortent blafards de la Préfecture de Tarbes, ce lundi vers 18h. Les huit délégués des salariés de l’entreprise MG Call attendent toujours, comme leurs 82 autres collègues, d’être fixés sur leur sort. « Nous avons rencontré pendant deux heures la Préfète, le responsable de l’Unité territoriale de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi de Midi-Pyrénées (DIRRECTE) et la directrice du Pôle Emploi des Hautes-Pyrénées et du Gers », confie Sylvain, l’un des délégués. « La Préfète nous a précisé qu’elle a demandé au PDG de MG Call, Mohamed Gueday, de lui apporter la preuve de l’existence d’un client durable pour la plateforme ».

Alexandra, une autre déléguée, précise les deux scénarios avancés par leurs interlocuteurs à la Préfecture. « Si Monsieur Gueday a bien un client, la DIRRECTE mettra en place un chômage partiel, pour régler nos salaires. S’il n’a pas de client, la DIRRECTE entamera une procédure judiciaire ».

Depuis jeudi soir, les salariés de MG Call ont lancé un mouvement collectif d’occupation de leur entreprise, la nuit et le week-end. Epaulés sur le plan logistique par l’Union locale et l’Union départementale de la CGT, et par la CFDT du secteur des communications (S3C), ils se relaient pour tenir ces permanences.

Dimanche matin, Mohamed Gueday rencontre Yannick Boubée, président du Grand Tarbes, sur le site de MG Call. Le PDG, en tenue décontractée, jeans et tennis, s’éclipse rapidement. Yannick Boubée prend le temps de dialoguer avec les salariés présents, dans un climat tendu. « Comment avez-vous pu vous laisser abuser par un charmeur de serpents ? », lance une salariée en colère. Yannick Boubée souligne que le Grand Tarbes est seulement propriétaire des bâtiments loués par MG Call. « Nous avons effectué des recherches sur les éventuels antécédents judiciaires ou bancaires de Monsieur Gueday, et nous n’avons rien trouvé », précise- t-il. Le président du Grand Tarbes accepte, à la demande de la CGT, de faire livrer dès lundi matin aux salariés de MG Call des repas préparés par les cantines de la Communauté de Communes.

Lundi matin, les 90 salariés de MG Call se réunissent en assemblée générale. Ils décident de poursuivre le travail, malgré l’absence de salaire, et désignent huit délégués pour la rencontre prévue l’après-midi à la Préfecture. « Nous nageons en plein délire », témoigne un salarié. « Je dois superviser des collègues qui simulent des appels à des clients imaginaires. Et ils sont censés être évalués sur la qualité de leur activité virtuelle. Nous jouons à la marchande toute la journée ». Les cantines du Grand Tarbes livrent 70 repas pour le déjeuner. Le Secours Populaire apporte 20 colis alimentaires. Les Restos du Cœur proposent d’accueillir les salariés en difficulté pour se ravitailler.

Lundi à 18h30, devant l’entreprise MG Call. Les salariés se réunissent à nouveau pour écouter le compte-rendu effectué par leurs huit délégués. Pendant ce temps, les militants de la CGT et de la CFDT les attendent, aux côtés des journalistes. « Avec l’affaire de MG Call, nous sommes confrontés à une situation inadmissible dans notre pays. Le droit international du travail est bafoué », estime François Dousseau, secrétaire général de l’UD-CGT. « Nous demandons à la Préfecture de créer une commission départementale paritaire pour suivre le bon usage des aides publiques aux entreprises ». La CGT a financé les repas des salariés de MG Call pendant le week-end, et a appuyé leurs démarches auprès du Grand Tarbes et du Conseil Départemental. « Nous avons contacté lundi Yannick Boubée, qui va organiser une table ronde avec les organisations professionnelles », annonce de son côté Yves Carrié, responsable de la CFDT « S3C ». « La CFDT soutient aussi les salariés de MG Call dans leur mouvement. Nous avons participé à leur ravitaillement ces derniers jours ».

L’un après l’autre, les salariés sortent de l’entreprise après leur assemblée générale. Ils attendent à présent l’appel de la Préfecture, la peur au ventre, pour connaître leur destin. « Si je perds mon travail, comment vais-je m’en sortir ? », questionne Pauline, une jeune femme d’une vingtaine d’années. « Mon conjoint est lui-même en situation de précarité professionnelle, et ma mère n’a pas les moyens financiers de nous aider. Nous avons le loyer à payer et un crédit voiture à rembourser. Nous avons bâti des projets parce que j’étais en contrat à durée indéterminée à MG Call. Et maintenant, est-ce que nous allons nous retrouver à la rue ? ».

Reportage de Jean-François Courtille

NB : pour protéger l’anonymat des salariés qui ont témoigné, nous avons changé leurs prénoms.